avril 2024
Verstappen et Canard (surnoms)
J’ai eu une période où j’ai énormément consommé. J’étais à Berne. Je consommais plusieurs grammes d’héroïne par jour. Je l’obtenais en aidant quelqu’un qui vendait. Je consommais chez moi, j’étais en collocation avec ma copine et une autre personne. On consommait tous les trois.
Quand on s’est séparé je me suis retrouvé à la rue mais je n’y ai pas dormi parce que je trouvais heureusement quelqu’un pour m’héberger ou je trouvais une chambre. La journée, je ne pouvais pas aller consommer au local de consommation parce qu’ils n’acceptaient que les Bernois. J’allais dans un bistrot près de la gare où on consommait dans le fumoir. Une fois il y a eu une rafle et j’avais une dizaine de grammes en poche. On m’a confisqué le produit et j’ai eu une grosse amende.
Quand la police m’a arrêté, à la suite d’une demande de recherche de ma famille, je ne pesais plus que 35 kg et j’étais complètement à côté de la plaque. On m’a mis de force à l’hôpital. J’étais absolument KO et sans doute le patient le plus difficile qu’ils avaient. J’avais d’énormes problèmes de santé mentale. Je suis ressorti de l’hôpital avec un traitement de substitution. Je consomme actuellement un peu de coke à côté. On en trouve dans cette ville maintenant.
En arrivant ici j’étais tout le temps arrêté par la police parce que je faisais des conneries. J’avais beaucoup d’amendes aussi. Je prenais le train sans payer. Aujourd’hui, la police me laisse tranquille.
Avant, quand la structure fermait l’après-midi, j’allais dans le parc avec les autres personnes qui consomment. C’était calme mais maintenant c’est plus tendu. Il y a de plus en plus de nationalités et de bagarres. Je n’y vais presque plus. Je me déplace surtout entre la structure et chez moi.
J’ai commencé l’héro avec une copine et je n’ai jamais pu arrêter. Aujourd’hui encore j’en consomme tous les jours en la fumant. J’en achète dans la rue, c’est facile. Il y a notamment des consommateurs qui financent leur propre conso en revendant une partie de ce qu’ils ont acheté.
Quand la structure ferme l’après-midi je vais souvent sur la place, là où se retrouvent les autres personnes qui consomment. C’est tranquille mais parfois en fin de journée y’a des gens qui sont en manque, surtout ceux qui prennent aussi des médicaments. Ces derniers temps c’est aussi devenu plus tendu. Il y a des personnes venues du Maghreb qui vendent un peu de tout, arnaquent parfois. Certains consomment aussi. Les relations ne sont pas simples, on ne se mélange pas.
Récemment on a aussi vu arriver des vendeurs de coke africains qui provenaient d’une autre ville. La police est intervenue rapidement pour les faire partir. Ils ont eu raison, la coke c’est trop dangereux à mon avis. Moi, la police elle me connaît et elle me laisse tranquille. J’ai eu à faire avec elle quand j’avais toutes ces amendes parce que je prenais le train sans payer pour aller chercher de la drogue. Sur la place où nous nous réunissons, la police intervient seulement quand « ça chauffe », sinon elle nous laisse en paix.
Quand je consomme dans l’espace public je vais à un endroit où l’on ne me voit pas, par exemple dans des WC publics. Je laisse tout propre en partant. Ce que je n’arrive malheureusement pas à faire c’est faire partir toute la fumée.
Moi, ce qui m’a aidé ce sont l’accès aux repas et à un logement d’urgence quand je cherchais un appartement et que les régies immobilières ne voulaient pas m’en louer un. Cela m’a évité d’être complètement à la rue.