« Loterie, votre addiction au service de tous » : le GREA salue un reportage nécessaire

Avec « Loterie, votre addiction au service de tous », Temps présent (RTS) bouscule la Loterie Romande. Le GREA salue ce reportage qui porte à la connaissance du grand public des constats que les professionnel·le·s de la prévention et du traitement des addictions documentent depuis de nombreuses années.

Depuis près de 90 ans, la Loterie Romande finance l’utilité publique : environ 250 millions de francs sont redistribués chaque année aux cantons qui financent de nombreux projets culturels, sportifs et associatifs. En trente ans, l’opérateur n’a cessé de conquérir de nouveaux marchés et a multiplié son bénéfice par quatre. Mais une partie de cet argent provient de joueuses et de joueurs dépendants ou vulnérables, qui jouent largement au-dessus de leurs moyens. C’est cette face cachée que le reportage réalisé par Cédric Louis et François Roulet explore sans retenue.

Ce que le reportage met en lumière

Le reportage aborde de front plusieurs problématiques qui, bien que connues de longue date des milieux de la prévention et du traitement des jeux de hasard et d’argent, n’avaient jamais été exposées au grand public de manière aussi transparente :

  • l’explosion du produit brut des jeux, portée à la fois par un marketing agressif et par la commercialisation de produits – comme les loteries électroniques (Tactilo) et les paris sportifs en ligne – dont la dangerosité a été démontrée par de nombreuses études ;
  • la part des revenus – plus de 30 % – provenant de joueuses et de joueurs dépendants ou vulnérables, véritable impôt sur les malades du jeu ;
  • des moyens dérisoires consacrés à la prévention (2,2 millions de francs) au regard des dépenses de marketing (plus de 15 millions) ;
  • la surreprésentation des Tactilo dans les zones socio-économiquement défavorisées, qui s’apparente à un impôt sur les pauvres ;
  • une prévention inefficace sur le terrain, car confiée aux dépositaires de loterie, eux-mêmes rémunérés en fonction du chiffre d’affaires généré dans leur point de vente ;
  • une prévention inadaptée en ligne, fondée sur une détection dite « précoce » qui ne cible que les personnes ayant dépensé plus de 6000 francs en trois mois.

Au-delà de ces faits, le reportage questionne la pertinence d’un système dont l’autorité de surveillance, la Gespa, est contrôlée par les cantons, c’est-à-dire par les principaux bénéficiaires des pertes des joueurs. Pour le GREA, comme pour d’autres acteurs, le cadre actuel comporte trop de conflits d’intérêts pour garantir une protection efficace des joueuses et des joueurs. Le problème n’est pas propre aux loteries : en 2022 déjà, le pôle enquête de la RTS révélait des lacunes en matière de détection précoce dans près de la moitié des casinos suisses.

« Mais à quel prix ? », interroge Temps présent. Pour le GREA, la réponse est sans ambiguïté : le prix à payer est trop élevé. Aussi précieux soit-il, le soutien aux projets d’utilité publique ne peut reposer sur la souffrance de personnes dépendantes ou vulnérables et de leurs proches. Le GREA appelle à ce que l’évaluation de la loi fédérale sur les jeux d’argent (LJAr) soit l’occasion de tirer les enseignements de ce reportage : garantir l’indépendance de la surveillance, assurer un financement de la prévention et du traitement à la hauteur des enjeux, mieux encadrer le marketing et les produits de jeu les plus à risque, et mettre en place une détection précoce digne de ce nom, en ligne comme sur le terrain.

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