mai 2012
La migration a été identifiée depuis longtemps comme une question importante pour le domaine des addictions. Le plan d’action de la Confédération en matière de drogues illégales (ProMeDro III) en fait un de ses deux thèmes transversaux, au côté du genre. Il est de bon ton de déclarer que la Suisse, pays d’ouverture à la longue tradition humaniste, intègre cette dimension dans ses politiques publiques estampillées « addiction ».
Mais qu’en est-il vraiment ? Aujourd’hui, on peine sérieusement à voir la stratégie des pouvoirs publics en la matière. La Confédération continue à sensibiliser les intervenants de terrain à intégrer cette dimension, alors même que ce sont ces derniers qui y sont quotidiennement confrontés ! Alors que les lois sur la migration nourrissent chaque jour un peu plus le flux de personnes vivant dans la rue, alors que le Conseil fédéral refuse depuis 2005 de s’impliquer sur la régulation du marché des drogues, alors que les possibilités d’intégration se font de plus en plus limitées pour les plus précaires d’entre nous, ce serait aux professionnels de réaliser la quadrature du cercle, par des interventions ciblées ? Tout cela bien sûr sans nouveaux moyens financiers ?
On croit marcher sur la tête.
Il est donc temps de reposer le débat de la migration sur des bases plus saines. La migration regroupe une quantité de phénomènes différents, d’une complexité rare, qui compte assurément parmi les principales évolutions sociales contemporaines. Se contenter de « gérer » la demande de prestations pour les usagers migrants ne saurait donc constituer une réponse suffisante. C’est l’ensemble du phénomène migratoire qui doit faire l’objet de notre réflexion et c’est la société qui doit, par ses choix, tracer la direction à prendre. Encore faut-il que celle-ci soit suffisamment informée et ne tombe pas dans les pièges sémantiques tendus par les mouvances xénophobes.
Nous adoptons donc ici, dans ce numéro, une vision plus large. Les questions spécifiques à la prise en charge sont bien sûr abordées, mais sans s’y restreindre. Après des réflexions sur la migration elle-même et son ancrage dans le système de prohibition des drogues, dépendances a également pris le parti d’aborder l’épineuse question du deal de rue. Très présente en Suisse romande, cette préoccupation met aujourd’hui en danger les acquis de la politique des quatre piliers. En effet, sans solution crédible susceptible de réduire les tensions inhérentes à un marché de la drogue hors de contrôle, la population perd patience et commence à qualifier la politique drogue de « laxiste ». Il est temps pour notre domaine de nous re-saisir de ces questions.
Jean-Félix Savary (GREA)