Hyperconnectivité

L’arrivée du web dans les années 1990 marque un tournant dans nos sociétés. Mais c’est avec la naissance du premier réseau social Facebook en 2004 et du smartphone en 2007 que nos façons d’entrer en interaction, de s’informer ou de s’évader connaissent une transformation sans précédent, à tel point que l’on parle aujourd’hui de sociétés hyperconnectées.

Définition

L’essor des mondes numériques modifie notre comportement. Nous leur consacrons plus de temps et sommes quasi en permanence face à un écran, connectés à internet : smartphone, tablette, ordinateur, console, tv, etc. Vous en doutez ? Si vous prenez les transports publics, regardez autour de vous : presque chaque personne a son attention rivée sur un écran.

La multiplication des écrans génère potentiellement des risques d’usage excessif. L’usage intensif des jeux vidéo, des réseaux sociaux, des chats, des jeux en ligne ou des sites pornographiques est aujourd’hui un motif de consultation. Encore peu documenté, ce rapport problématique aux médias électroniques s’expliquerait pour partie par des mécanismes similaires à ceux qui prévalent, par exemple, dans le jeu excessif et à ce que l’on appelle, plus généralement, les addictions sans substance. De nombreux spécialistes préconisent également de considérer ces comportements problématiques comme étant des symptômes et non la pathologie elle-même.

Le terme de cyberaddiction est sujet à controverse. Il n’existe pas de consensus scientifique à ce sujet. Si tous les deux se sont penché sur la question, le DSM n’a pas encore statué, tandis que la CIM s’est prononcée uniquement sur la validation d’une addiction aux jeux vidéo (CIM-11). Pour l’heure, aucun n’a retenu de diagnostic relatif à l’addiction à internet. L’emploi de ce terme comporte un risque de stigmatisation à l’encontre des jeunes et des cultures numériques. Il convient dès lors, si on veut l’utiliser, de le faire avec prudence, notamment à l’égard de la jeunesse avec laquelle on préférera parler d’hyperconnectivité, qui décrit un phénomène que nous ne comprenons pas encore complètement.

En cas de problèmes avérés, on parlera « d’usage excessif » ou « d’utilisation problématique » d’internet ou des écrans (voir prise de position des professionnels des addictions, octobre 2012). Le Groupe d’expert·e·s recommande une approche phénoménologique et un « continuum » du comportement permettant de représenter graduellement tous les comportements à différents degrés – de l’usage à faible risque à l’usage problématique jusqu’au trouble addictif (Rapport 2021-2024).

Enjeux

Les enjeux consistent à trouver un chemin, sans stigmatisation ni alarmisme, pour accompagner tant les professionnels des addictions, les parents, les utilisateurs (jeunes comme moins jeunes), les éducateurs que la recherche, dans l’évolution des nouvelles technologies et l’évolution croissante de la consommation des écrans. Les cas d’usage réellement addictifs représentent une part minime des consultations en addictologie mais les symptômes décrits regroupent compulsivisé, irritabilité et perte d’autonomie. Pour l’essentiel, en Suisse romande, les demandes d’aide proviennent de l’entourage de jeunes hommes très impliqués dans leur consommation de jeux vidéo.

Il est toutefois difficile de définir précisément et quantitativement à partir de quand l’usage d’internet et des médias électroniques est problématique. La plupart d’entre nous y consacre des heures chaque jour, sans que cela ne pose problème ou génère des mécanismes addictifs.

Quelques chiffres

En Suisse,

  • 99 % des 12-19 ans possèdent leur propre téléphone portable ou smartphone (Jeunes et Médias, 2024).
  • 6,8 % de la population est concernée par une utilisation problématique ou à risque d’internet (Rapport du Groupe d’Experts Cyberaddiction 2021-2024 basé sur les données de l’Enquête suisse sur la santé 2022). En 2017, ils étaient 3,8% (OFS, Enquête suisse sur la santé)

Chez les jeunes de 12 à 19 ans en Suisse, l’étude JAMES 2024 souligne que:

  • Ils passent en moyenne 3 heures et 7 minutes sur internet un jour de semaine, quasi inchangé depuis 2022. Le temps d’utilisation moyen d’un jour de week-end est de 4 heures et 30 minutes, en baisse de 30 minutes par rapport à 2022. Ces données sont des valeurs médianes, elles changent considérablement d’un individu à l’autre.
  • Leurs activités préférées sont : faire du sport, jouer à des jeux vidéos (1ère activité chez les garçons) ou écouter de la musique (1ère activité chez les filles). Hors médias, ils sont 70% à aimer rencontrer des amis; 67% font du sport et 64% aiment ne rien faire.
  • Les « Big Four » restent les mêmes: Instagram et Tiktok pour les réseaux sociaux et Whatsapp et Snapchat pour communiquer. Sur le plan mondial, Facebook reste numéro 1 (Statista, 2025)

Les dépenses publicitaires sur les médias sociaux devraient augmenter d’environ 8 % par an (Statista, 2025). Autrement dit, le marché vaudra environ 134 milliards de dollars en 2029. une évolution impressionnante liée aux secteurs d’activité comme la technologie et la mode.

Les jeunes et la cyberaddiction

Les jeunes resteront encore longtemps les acteurs clés de cette révolution. Il est donc impératif de les amener à réfléchir par eux-mêmes aux risques d’un usage potentiellement excessif et non de stigmatiser leur consommation numérique au motif d’une incompréhension générationelle. Le projet « In medias » vise cet objectif de donner aux jeunes cette capacité d’autocritique.

Les médias numériques ne sont pas forcément synonymes de repli sur soi. Ils sont aussi générateurs d’opportunités, d’ouverture à l’autre et de souplesse d’esprit. Le Conseil fédéral, par exemple, a sorti un rapport sur le potentiel du jeux vidéo (rapport du Conseil fédéral, 2018).

L'action du GREA

L’utilisation problématique des écrans et la cyberaddiction sont peu documentées en Suisse. La définition est encore sujet à controverse, un diagnostic clair n’existe pas et les outils de diagnostic sont peu utilisés, notamment en Suisse romande. Il existe parfois, au sein de la société, une propension à dramatiser la situation de l’utilisation des écrans. Le GREA, en tant qu’association des professionnels des addictions, se donne comme priorité de donner des outils aux professionnels qu’il représente, sans tomber dans l’alarmisme ni la banalisation. Dans ce sens, il coordonne, avec son homologue suisse alémanique du Fachverband Sucht, un groupe d’experts de la cyberaddiction, sous mandat de l’OFSP. Plusieurs rapports ont été publiés depuis 2011 (Page du GREA sur ce mandat).