Services publics accessibles : des leçons pour le champ des addictions

Agile publie un guide pour des services publics accessibles. Ses constats sur la « honte » et le renoncement résonnent avec les champs des addictions.

En Suisse, près de 1,9 million de personnes vivent avec un handicap, soit 22 % de la population. Beaucoup renoncent à des prestations sociales auxquelles elles auraient droit, freinées par des démarches trop complexes, la honte ou des craintes face à l’administration par exemple. Le nouveau guide d’Agile, coconstruit avec des personnes concernées, propose des pistes concrètes pour lever ces obstacles. Ces pistes permettent également d’interroger les pratiques du champ des addictions.

Un guide coconstruit avec les personnes concernées

Publié en juin 2026 par Agile, la faîtière suisse des organisations de personnes avec handicap, ce guide de 40 pages s’appuie sur une enquête menée en 2023 auprès de près de 560 personnes en situation de handicap, complétée par des entretiens et une conférence consacrée au non-recours aux prestations sociales. Destiné en priorité aux administrations publiques, il formule des recommandations pour l’accessibilité physique des lieux, la communication, les offres numériques, les processus administratifs et la formation du personnel.

La honte et le renoncement, des mécanismes familiers

Le guide documente plusieurs facteurs qui conduisent des personnes à renoncer à leurs droits, tels que la peur des démarches administratives, la stigmatisation liée aux diagnostics psychiatriques ou le sentiment de honte. Le document souligne notamment que certains comportements liés à une maladie psychique ou à une instabilité émotionnelle sont « souvent des stratégies d’adaptation pour faire face à des situations stressantes ».

Ces constats font écho à ceux que les professionnel·le·s des addictions observent au quotidien. En effet, la crainte du jugement, de la judiciarisation ou de la perte de droits parentaux éloigne fréquemment les personnes concernées par une problématique de consommation des services sociaux et sanitaires.

Des recommandations transposables au champ des addictions

Plusieurs pistes du guide recoupent des pratiques déjà développées dans le champ des addictions, notamment dans la réduction des risques. Proposer des alternatives au téléphone (courriel, rendez-vous en ligne) facilite l’accès pour les personnes qui redoutent le contact direct avec une autorité. Garantir la discrétion des échanges sur des sujets sensibles, dans un bureau plutôt qu’au guichet, rejoint les exigences du secret médical déjà appliquées dans les structures d’accueil bas seuil. Le recours au langage clair (FALC) profite aux personnes présentant des troubles cognitifs, y compris liés à une consommation de substances.

Enfin, le guide recommande la pair-aidance en santé mentale, via des structures comme le Centre de compétences de la pair-aidance en santé mentale (ComPASM) ou le Collège de rétablissement, une approche déjà bien ancrée dans les dispositifs romands d’addictologie.

Un angle mort à combler

La check-list et le formulaire de vérification des besoins publiés par Agile, offrent une base pertinente et transposable que les services d’addictologie et de réduction des risques peuvent dès aujourd’hui s’approprier pour évaluer l’accessibilité de leurs propres prestations.

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