Une société sans drogue n’existe pas. Il y aura toujours des personnes qui ne veulent ou ne peuvent pas cesser de consommer des substances psychoactives. C’est de ce constat qu’est née une approche pragmatique : la réduction des risques.
L’ECS
Au milieu des années 1980, la Fondation Contact à Berne répond pragmatiquement à un contexte de crise sociosanitaire majeure, d’inefficacité des mesures répressives et à un besoin d’alternative aux programmes d’abstinence. C’est dans ce contexte que le premier espace de consommation au monde est mis en place. Pratique de terrain, fondée sur des principes de bas seuil et d’accès universel, elle se traduira par une évolution des mentalités, notamment au niveau politique.
En juin 1986, CONTACT ouvre un espace d’accueil avec cafétéria. L’idée est simple. Il s’agit de proposer un lieu à bas seuil offrant des conseils et de la restauration. C’est alors que des personnes en situation d’addiction commencent à consommer leurs substances dans une arrière-salle de la cafétéria. Face à cette situation, les professionnel·le·s choisissent de tolérer cette pratique. Ce travail pionnier dans une zone grise juridique s’appuie sur un raisonnement partagé par la majorité aujourd’hui. Si une consommation va se faire de toute façon, alors il faut qu’elle puisse être menée dans des conditions hygiéniques, accompagnée et avec la possibilité de bénéficier d’une intervention en cas d’urgence. C’est un raisonnement qui a fait son chemin.
La RdR
L’approche de réduction des risques (RdR) sera reconnue pour ses effets concrets, comme moins de décès et davantage de stabilité pour les personnes consommatrices précarisées, mais aussi une meilleure gestion de l’espace public. Dans les années 1990, elle deviendra l’un des quatre piliers de la politique des drogues en Suisse.
Pour rappel, la RdR est un ensemble de valeurs humaines fondamentales et une réponse concrète face aux réalités de la consommation, sans jugement idéologique et avec un accueil inconditionnel. Son objectif est de permettre à la personne de passer la phase de consommation avec le moins d’atteintes physiques, psychiques et sociales.
A noter que l’International Harm Reduction Association (IHRA 201o) relève que cette approche bénéficie tant aux personnes consommatrices de drogues qu’à leur famille, mais aussi à la communauté dans son ensemble. En Suisse romande, trois villes disposent d’espaces de consommation sécurisés : Genève (GE), Bienne (BE) et Lausanne (VD).
40 ans plus tard
Quarante ans plus tard, le contexte a changé, mais aussi les substances et les modes de consommation. Cependant, la tension est la même, car il s’agit d’accompagner toutes les personnes consommatrices dignement et de répondre aux enjeux de cohabitation. Dans le même temps, comme à son origine, un espace de consommation nécessite des actions de travail social sur le terrain et de se réinventer, tout en maintenant les principes de base de la RdR. La crise du crack a mis le fonctionnement de l’ECS sous pression. Celle-ci s’accompagne d’une grande précarité des personnes consommatrices, ce qui implique d’adapter les dispositifs aux besoins fondamentaux, en prenant en compte le volet social.
Des enjeux contemporains
La RdR doit encore se développer en Suisse. Ci-dessous, quelques enjeux :
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