septembre 1998
Depuis de nombreuses années, les intervenants du champ des dépendances ont eu l’occasion d’apprendre à mieux connaître ces problèmes en termes de société et d’individus. Le sida, le travail accompli dans le domaine de la réduction des risques et dans la prescription de méthadone ou d’héroïne; les expériences des scènes ouvertes; les avancées de la neurobiologie ont modifié quelque peu la vision que le public porte sur les personnes dépendantes. Les questions de santé ont pris le pas sur celles de délinquance. Les résultats du vote sur l’initiative « Jeunesse sans drogue » en sont al preuve. lI reste toutefois du chemin à parcourir pour franchir le pas qui nous amènerait à nous questionner fondamentalement sur les échecs de la criminalisation, sur le rapport de l’homme aux produits modificateurs de conscience ou encore sur l’adoption d’une politique englobant l’ensemble des produits psychotropes. En attendant, nous devons définir une politique claire et précise face aux questions de dépendances, ouvrir le débat honnêtement et chercher des solutions adéquates.
Malheureusement, le domaine des « a priori », de l' »à peu près » et des réactions purement affectives prédomine. C’est pourquoi, sachant que l’initiative « Droleg » va être votée en novembre. « dépendances » vous propose un numéro sur la politique des dépendances. Selon notre bonne habitude, les textes que vous avez sous les yeux ne vous donneront pas de réponse définitive. Si l’un ou l’autre auteur vous propose sa solution – elle peut être fondamentalement différente de l’un à l’autre – aucun n’échappe aux questions de fond: rôle des psychotropes dans la société, problèmes relationnels, santé publique, interdit, démocratie et exclusion. Ce sont là les vraies questions qui produisent le débat. Celui-ci doit avoir lieu et ne devra en aucun cas être glissé sous le tapis une fois
al votation de « Droleg » passée. Ce serait nier un problème fondamental de société et rejeter définitivement dans la
marge toute une partie de la population. Grave atteinte à la démocratie.
Les éditeurs de « dépendances » ont pris des positions quelque peu différentes sur l’initiative « Droleg ». L’ISPA propose d’y répondre négativement (voir page 39). Le GREAT ne donne pas de mot d’ordre, préférant lancer des pistes pour les débats futurs (page 36). Dans tous les cas, il est tout à fait indispensable de mettre en place, immédiatement, un certain nombre de mesures. La dépénalisation de la consommation de drogues en fait partie. Sans ce pré-requis, les profession- nels présents sur le terrain ne peuvent effectuer correctement leur travail. Ce premier pas montrerait que nos gouvernants prennent à coeur ce problème et restent ouverts au débat. Nécessité absolue pour que le problème des dépendances, de toutes les dépendances, ne soit pas relégué aux oubliettes avec ceux qui en souffrent.
Gérald Progin
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