Pourquoi le narcotrafic résiste-t-il si bien à la répression ? Pour François-Michel Le Tourneau et Gabriel Feltran, une partie de la réponse tient aux présupposés qui orientent les politiques publiques. À partir de leurs recherches au Brésil et en France, ils interrogent trois idées : une société qui serait uniquement victime de trafiquants extérieurs à elle ; un lien presque automatique entre l’ampleur du trafic et la violence ; des sanctions d’autant plus dissuasives qu’elles sont sévères.
Ces représentations résistent mal à l’examen. La demande de drogues traverse toutes les couches sociales : les marchés s’inscrivent donc dans la société qui les condamne. Le volume du trafic ne détermine pas non plus, à lui seul, le niveau de violence. Enfin, les organisations criminelles disposent de capacités d’adaptation qui leur permettent de se réorganiser après les interventions policières.
La logique d’affrontement peut aussi fragiliser les enquêtes en éloignant la police d’une partie de la population, dont la coopération est essentielle au démantèlement des réseaux. Pendant ce temps, la demande continue d’alimenter les marchés.
Cette analyse invite à déplacer le débat : au-delà de la force des sanctions, comment agir sur les mécanismes économiques et sociaux qui permettent au trafic de se renouveler ? Et quelle efficacité attendre d’une politique qui intensifie la répression sans interroger les ressorts de la demande ?
Pour le GREA, ces constats invitent à privilégier une logique de régulation plutôt qu’une escalade punitive. La criminalisation des personnes qui consomment des drogues aggrave leur situation sociale, sanitaire et juridique. Dans une politique fondée sur les quatre piliers, les forces de l’ordre ont aussi un rôle à jouer dans la réduction des risques et la protection de la santé. L’enjeu est de construire une réponse adaptée, c’est-à-dire qui protège la population sans aggraver les situations de vulnérabilité que peuvent rencontrer les personnes qui consomment.
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