Le vapotage sous la loupe : risques confirmés, certitudes limitées

L’Agence nationale de sécurité sanitaire française (Anses) a publié en décembre 2025 une expertise de 720 pages sur les risques sanitaires liés aux produits du vapotage, nourrie d’une revue de plus de 2 500 études scientifiques. Selon l’étude, la cigarette électronique serait moins dangereuse que le tabac, mais pas sans risques.

Un risque réel, mais moindre que celui du tabac

Le rapport confirme que les produits du vapotage sont associés à des risques documentés — cardiovasculaires, respiratoires, potentiellement cancérogènes — mais restant à ce jour inférieurs à ceux du tabac fumé. L’absence de combustion constitue l’avantage majeur du vapotage. Sur les effets cardiovasculaires, le lien avec certaines atteintes de la fonction endothéliale (la capacité des vaisseaux sanguins à se dilater et à réguler la circulation, dont l’altération est un signe précoce de risque cardiovasculaire) est jugé probable en présence de nicotine. Le rapport identifie également un risque possible d’infarctus du myocarde chez des personnes n’ayant jamais fumé, ce qui suggère que ce risque serait imputable au vapotage seul, indépendamment du tabac. Sur les effets respiratoires et cancérogènes, des preuves existent mais restent insuffisantes pour conclure avec certitude à un lien causal. Une limite importante est soulignée : le vapotage à grande échelle n’existe que depuis une quinzaine d’années, et l’absence de maladies chroniques avérées pourrait tenir à ce manque de recul plutôt qu’à une réelle innocuité.

Addiction, adolescent·e·s, femmes enceintes

Le rapport documente un élément peu connu : dans la fumée de tabac, des inhibiteurs de monoamine oxydase (IMAO) amplifient considérablement le potentiel addictif de la nicotine — ces substances étant absentes ou quasi absentes des aérosols de vapoteuse. Il attire également l’attention sur l’émergence de dérivés de la nicotine dans certains e-liquides, notamment la 6-méthyl-nicotine, au potentiel addictif préoccupant et échappant encore aux classifications réglementaires.
Concernant les populations vulnérables, le rapport dresse un premier état des lieux détaillé : chez les adolescent·e·s, le vapotage est social et s’installe rapidement. Près d’un tiers n’ont jamais fumé auparavant et 33 % déclarent vouloir augmenter leur consommation. Des effets cardiovasculaires et respiratoires possibles sur le fœtus sont également confirmés en cas de vapotage pendant la grossesse.

La réduction des risques, entre santé publique et intérêts commerciaux

Le rapport consacre un chapitre à la notion de réduction des risques (RdR), soulignant que ce concept né dans le contexte des drogues injectables et de l’épidémie de VIH est aujourd’hui réapproprié par les fabricants à des fins commerciales, dans un sens qui diverge de son usage en santé publique. Pour l’Anses, les produits du vapotage peuvent être un outil de RdR pour les fumeur·euse·s en difficulté, mais uniquement comme aide transitoire vers le sevrage complet.

En Suisse, la loi fédérale sur les produits du tabac (LPTab) encadre depuis 2024 la vente et la publicité des produits du vapotage, dont l’interdiction de vente aux mineur·e·s. Les données suisses sur les pratiques de vapotage sont disponibles via le système de monitorage MonAM.

Pour le GREA, ce rapport confirme que ni le tabac ni le vapotage ne relèvent d’une logique binaire entre risque zéro et catastrophe sanitaire. La question centrale reste celle de la qualité de vie des personnes concernées et des conditions qui permettent à chacune d’améliorer sa santé à son propre rythme — ce qui suppose un accompagnement professionnel adapté, non stigmatisant, ancré dans une approche biopsychosociale.

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