La décriminalisation de la possession de drogues à des fins personnelles au Portugal, instaurée en 2001, est souvent citée en référence dans les débats de politique des drogues. Si ses effets sanitaires — recul des overdoses mortelles, réduction des infections au VIH — ont été documentés, le vécu des policiers·ères chargé·e·s de l’appliquer restait largement inexploré. Une étude publiée en mai 2026 dans la revue Policing and Society comble cette lacune.
Un dispositif centré sur la santé publique
Menée par Miguel Moniz, Beatriz Ribeiro, Erin Thompson et Brandon Del Pozo (Université de Lisbonne et Brown University), l’étude repose sur 19 entretiens qualitatifs approfondis conduits auprès de cadres supérieur·e·s de la Polícia de Segurança Pública (PSP), d’agent·e·s de la brigade des stupéfiants, d’agent·e·s de patrouille et de responsables de politique sanitaire.
Les participant·e·s décrivent un modèle dans lequel la police est réorientée plutôt que démunie : les personnes interpellées en possession de substances pour usage personnel sont dirigées vers les Commissions de dissuasion de la toxicodépendance (CDT), instances administratives chargées d’évaluer leurs besoins et de les orienter vers les soins. La police conserve la faculté de saisir les substances, de poursuivre activement le trafic — lequel demeure une infraction pénale — et de maintenir l’ordre public.
Une culture policière qui évolue dans la durée
Initialement sceptiques, les policiers·ères ont progressivement intégré la décriminalisation comme une composante normale de leur métier. Les auteur·e·s soulignent le rôle déterminant d’une formation préalable systématique, d’un déploiement planifié et de partenariats intersectoriels — avec le secteur sanitaire, le travail social, la justice. La relation entre police et personnes consommatrices s’est révélée moins adversariale, plus propice à l’orientation vers les soins.
L’étude ne passe pas sous silence les tensions persistantes : frictions entre présence policière dans les espaces de consommation supervisée et logique de réduction des risques, fragilisation du volet sanitaire par les coupes budgétaires post-2008. Ces difficultés sont attribuées à des choix politiques conjoncturels, non à la décriminalisation elle-même.
Un éclairage utile pour le débat suisse
Ces résultats résonnent avec les réflexions que mène le GREA sur la décriminalisation de la consommation en Suisse, où la distinction entre actes préparatoires (non punis) et consommation (punie) fait régulièrement l’objet de débats. Dans ce cadre, le GREA a conduit un projet de recherche en partenariat avec la Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW), sur mandat de l’Office fédéral de la santé publique, associant corps de police cantonaux, procureur·e·s et professionnel·le·s du domaine des addictions. L’expérience portugaise — et les conditions qui ont rendu la réforme acceptable pour les forces de l’ordre — constitue à cet égard un point de comparaison éclairant.
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