À l’occasion du colloque organisé le 9 décembre 2025 à Bordeaux par la Coordination Régionale Addictions (COREADD) Nouvelle-Aquitaine, consacré aux recommandations de la Haute Autorité de Santé, les échanges ont porté sur les conduites addictives chez les personnes en situation de handicap. Cette journée a mis en lumière un constat souvent minimisé : dans ces situations, les manifestations visibles ne reflètent qu’une partie des réalités en jeu.
Ce qui se voit et ce qui reste en arrière-plan
Le domaine du handicap et de l’addiction partage une caractéristique majeure : une large part d’invisibilité. On voit des consommations, des comportements, des règlements à faire respecter et des situations de crise. En revanche, on fait trop souvent l’impasse sur les histoires singulières, les vulnérabilités croisées, notamment les douleurs chroniques, les dépressions, les expériences de stigmatisation, l’isolement social et les inégalités structurelles de santé. Or, le handicap et l’addiction ne sont pas uniquement des réalités individuelles. Ils relèvent aussi de dynamiques relationnelles, institutionnelles et culturelles.
Une exposition accrue aux inégalités de santé
Les données évoquées lors de la journée rappellent que les personnes en situation de handicap présentent une prévalence plus élevée de consommations de tabac, d’alcool, de médicaments ou d’autres substances que la population générale. Elles rencontrent également davantage d’obstacles dans l’accès aux dispositifs spécialisés. Or, cette situation de vulnérabilité ne relève pas uniquement de caractéristiques individuelles, mais aussi de représentations sociales et de normes institutionnelles. Nous sommes face à une inégalité structurelle de santé qui appelle à une réponse collective.
Adapter plutôt que standardiser
Les échanges ont confirmé l’importance d’une approche biopsychosociale : le produit, la personne et le contexte forment un ensemble indissociable. De plus, le type de handicap, son évolution, la présence d’un polyhandicap et des limitations cognitives influencent les modalités d’accompagnement. Les réponses standardisées montrent rapidement leurs limites. Cela suppose un renforcement de la coopération entre les champs professionnels, une attention aux conditions concrètes d’accessibilité des dispositifs et à une participation effective des personnes concernées aux décisions qui les concernent.
Un enjeu politique au-delà du cadre technique
La question ne relève donc pas uniquement de l’ajustement technique des pratiques. Elle engage notre manière de penser ensemble l’autonomie, la protection et la responsabilité collective. Nos dispositifs traduisent des choix normatifs : qu’est-ce qui est considéré comme acceptable ? Qui décide du risque ? À quelles conditions l’autodétermination est-elle reconnue ?
Dans cette perspective, le GREA développe un travail spécifique autour de ces thématiques afin de soutenir l’analyse critique, la coopération interprofessionnelle et l’accès effectif aux droits. Le site « Handicaps Addictions » s’inscrit dans cette dynamique et vise à renforcer des pratiques ajustées, coordonnées et respectueuses de la dignité des personnes concernées.
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