Peut-on proposer la légalisation de l’héroïne?

Le New Yorker revient dans un excellent article qui fait le portrait du chercheur Carl Hart, ardent défenseur d'un débat sur les drogues débarrassé des ses oripeaux moraux. Il s'appuie notamment sur l'expérience suisse de distribution d'héroïne et son usage de substance pour changer la teneur du débat.


La distinction entre drogues "dures" et "douces" est dépassée. Aujourd'hui, les drogues qui posent de loin le plus de problèmes de santé publique sont le tabac, qui cause tragiquement 9 500 décès en Suisse chaque année, et l'alcool, auquel sont attribués 1 600 décès. Les drogues illégales, dont certaines sont considérées comme "dures", ont un cout social estimé bien plus bas. Pourtant le regard porté par la société est très différent selon les substances. Au final, quelle que soit la substance, les problématiques ont plus à voir avec des conditions sociales, qu'avec les attraits propres des drogues, estime le chercheur Carl Hart. Néanmoins, les idées ont la tête dure et l'idée de drogue douce est tenace. Carl Hart et son parcours, qui l'ont amené notamment en Suisse et son expérience de régulation d'héroïne, font l'objet d'un excellent article contrasté du New Yorker (en anglais). Dans une posture iconoclaste, le professeur à l'université de Columbia soutient entre autres que les substances permettent de maintenir une vie équilibrée entre travail et vie privée. Mais il revient avec acuité sur le débat scientifique autour des drogues, qui voit trop souvent uniquement les risques de l'usage de substances, empêchant de comprendre la fonction de l'usage.