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  4. La réthorique discriminante des médias sur les assuétudes : Le pouvoir des mots et des images

La réthorique discriminante des médias sur les assuétudes : Le pouvoir des mots et des images
Aïnoa Minet, Chargée de projet en prévention des assuétudes, centre Nadja, Liège
La pair-aidance dans les champs des addictions : Entre engagement, mutation et défis contemporains
Imaine Sahed Chercheure au laboratoire Santé mentale sciences humaines et sociales du GHU Psychiatrie et neurosciences Paris
La pair-aidance, une réponse aux défis actuels de l’addictologie ?
Laëtitia Monfort, chargée de mission en santé publique
La médiation par le livre : Un ouvrage écrit par un pair peut-il compléter les soins en addictologie
Sandra Pinel Infirmière en pratique avancée (IPA), patiente experte addictions, association Oppelia 44, doctorante au laboratoire Gériico ULR 4073, Université de Lille
La pair-aidance, une pratique innovante en plein essor ?
Pierre Faignoy Formateur accompagnateur et pair-aidant au SMES, Bruxelles, Simon Lemaire Coordinateur du réseau Nomade, Nicolas Chottin Médiateur de santé pair, formateur-chercheur, créateur de Pair-SPECTIVES à Perpignan, Guillaume Tremblay Coordinateur du programme PROFAN 2.0, Montréal, Antoine Bertrand Deschênes Doctorant en travail social à l'Université de Montréal (Québec) , Natalie Castetz, journaliste
Nouveaux produits du tabac : Opportunité ou menace pour la santé ?
Amélie Eschenbrenner & Emmanuelle Béguinot Comité national contre le tabagisme (CNCT), Paris, Luc Lebon & Julie Martin, Département promotion de la santé et préventions, Centre universitaire de médecine générale et santé publique (Unisanté), Lausanne
Des morts « raisonnablement prévisibles « : Une brève histoire de la prévention des surdoses au Québec
Timon Thoene-Gerber Pair-chercheur, Université de Montréal, André-Anne Parent Professeure agrégée, Université de Montréal, Guillaume Tremblay Coordonnateur, programme PROFAN, Association des intervenant.e.s en dépendance du Québec, Catherine Chabot Professionnelle de recherche, Université de Montréal, Rodney Knight Professeur agrégé, Université de Montréal
Quand les jeux d’argent et de hasard s’envolent
Camille Robert Grea Co-secrétaire générale du Groupement romand d'études des addictions (GREA), Annie-Claude Savard Professeure agrégée Sciences sociales - École de travail social et de criminologie, Université Laval, François Mertens Psychologue clinicien - Coordinateur Joueurs.aide-en-ligne.be, Bruxelles, Martine Ludwig Assistante sociale au Centre pour comportements excessifs et addictions comportementales (ZEV), Luxembourg, Hamadou Zarmakoye Psychologue - Psychothérapeute auprès du Centre pour comportements excessifs et addictions comportementales (ZEV), Luxembourg, Thomas Gaon Psychologue clinicien, spécialisé en addictologie, adolescence et nouveaux médias. Centre médical Marmottan, Paris
L’alcoolisme au Maroc: Les défis d’un accompagnement en mutation
Rim Akrache Psychologue clinicienne Doctorante-chercheuse en psychopathologie
La réduction des risques comme levier de prise en charge des addictions au Sénégal
Idrissa Ba Enseignant-chercheur à la faculté de médecine, de pharmacie et d'odontologie de l'université Cheikh Anta Diop de Dakar (FMPO/UCAD), psychiatre addictologue, responsable du Centre de prise en charge intégrée des addictions de Dakar (CEPIAD) au Centre hospitalier national universitaire de Fann (CHNU), Sénégal
Marie Nougier Responsable recherches et communications au Consortium international sur les politiques des drogues (IDPC)
Entre continuité et conditionnalité des soins : Les enjeux éthiques de l’opérationnalisation du trajet de soins dans le secteur des assuétudes
Channel Baquet anthropologue (LAAP) et chargée de projets (RASANAM), Ludovic Dahlem Coordinateur de l'équipe de liaison Pléiade, Jean-Philippe Gilain Coordinateur de « L'Autre sens », Hélène Montluc Directrice du Service mobile d’accompagnement – Housing First – des Trois Portes, Julie Tihon Responsable adjointe des services de cohésion sociale de la ville d’Andenne
Interview Mal-être au travail : Les équipes en souffrance
Sandhia Vadlamudy Directrice générale de l’association (AIDQ), Grégory Lambrette Chargé de direction, psychologue - psychothérapeute au Quai 57 de l'association arcus, Naïra Meliava Directrice générale de l’association Oppelia
À contretemps
Vanessa Bohéas Psychologue au CSAPA de l’Association d'établissements spécialisés en psychiatrie et addictologie (Les Apsyades)
La psychologie positive au service du pouvoir d’agir des professionnel·le·s de terrain
Matthieu Amstutz Travailleur social, praticien en psychologie positive
Pratique de l’addictologie : Former en conscience pour accompagner sans exclure
Clarisse Vanvolsem Pharmacienne, Dominique Lamy Président du Réseau Alto, Pierre Clobus Infirmier en santé communautaire et en santé publique au service extra-hospitalier START-MASS
Phénix, 40 ans d’engagement : mutations des usages, continuité des soins
Khadija Ammar Directrice médicale, médecin psychiatre psychothérapeute (FMH), Nader Trigui Médecin psychiatre psychothérapeute et responsable de pôle Paul Jennings Médecine interne générale FMH et responsable de pôle, Giovanni Innaurato Médecine interne générale FMH Jean-Marie Rossier Psychologue psychothérapeute (FSP)
L’aide en ligne pour faciliter l’accès aux soins
Marc Cruypeninck Assistant en psychologie, Audrey Decarpentrie Psychologue clinicienne, Arthur Hernandez Psychologue clinicien, Isabelle Maerten Assistante sociale, Florence Marcin Psychologue clinicienne, Tania Mendoza Coordinatrice générale, François Mertens Psychologue social et interculturel, Bergen Yuksel Psychologue clinicienne
Les consommateurs de drogues illicites ayant une maladie psychiatrique et les agents de liaison, ensemble pour un trajet de soin
Antoine Bragard, Dominique Connet, Julie Guyot et Jonathan Vlachonikolos Équipe mobile de liaison en addictologie

Addiction(s) : recherches et pratiques 10 - Accompagner, Innover, Résister : Retour sur les obstacles et les défis de ces dix dernières années: La réthorique discriminante des médias sur les assuétudes : Le pouvoir des mots et des images

décembre 2025

La réthorique discriminante des médias sur les assuétudes : Le pouvoir des mots et des images

Aïnoa Minet, Chargée de projet en prévention des assuétudes, centre Nadja, Liège

Les faits divers et l’angle adopté dans leur traitement médiatique ont servi de terreau à la construction d’une mythologie de la drogue. On a tous vu ces unes de journaux : une seringue abandonnée, un visage marqué par la précarité, un titre en lettres capitales qui sonne comme une alerte sanitaire « FLÉAU », « TSUNAMI », « DÉRIVE ». Ce langage n’est pas neutre. Il alimente une représentation bien particulière, où la passion l’emporte sur la raison, où l’usager de drogues reste souvent réduit à une figure inquiétante, marginale, voire coupable. Dans de nombreux domaines sociaux (origine, genre, handicap, santé mentale), on observe une évolution progressive vers un langage plus respectueux et inclusif. Pourtant, lorsqu’il s’agit d’assuétudes, le stigmate reste tenace. L’Organisation mondiale de la santé a confirmé cette idée en considérant les assuétudes aux substances comme l’une des conditions les plus stigmatisées au monde1.

Les médias, reflets de notre société, n’inventent pas la stigmatisation : ils la prolongent. Et sans surprise, ils ne se contentent pas de relater des faits : à travers leurs choix de mots, de récits et d’angles, ils participent à la « discursivité sociale », c’est-à-dire à la circulation et à la construction collective des discours dans l’espace public2. Ces récits contribuent à façonner notre manière de percevoir une problématique ou un événement, en influençant les représentations individuelles et collectives qui y sont associées. Les assuétudes sont des sujets fortement chargés émotionnellement. Les stéréotypes moraux oscillent entre fascination et répulsion, notamment via un système politique prohibitionniste, des représentations négatives dans l’imaginaire collectif mais aussi une grosse charge émotionnelle et sensationnaliste3.

Le rapport TREND4 rappelle par ailleurs que dans la presse francophone, 40 % des articles traitant de drogues adoptent un ton humoristique cynique, et 30 % un ton négatif. En influençant le débat politique, les médias deviennent un vecteur central de représentations sociales, en particulier pour les personnes qui n’ont pas d’expérience directe avec les substances.

 

LE POUVOIR DES MOTS

On ne s’en rend pas toujours compte, mais les mots ont une importance capitale. Dire « toxicomane », « drogué », « ivrogne », c’est coller une étiquette qui engloutit tout le reste de la personne. Comme si son identité se réduisait à sa consommation.

Le Groupement romand d’études des addictions (GREA)5 rappelle qu’il est possible — et nécessaire — d’employer d’autres formulations : « personnes consommatrices », « personnes dépendantes », « personnes en situation d’addiction ». Cela change tout : ce n’est plus une identité figée, c’est une situation vécue. Il est également conseillé d’éviter le sensationnalisme dans les titres pour plutôt choisir des titres informatifs, ou encore de mettre l’être humain au centre du sujet plutôt que l’assuétude. La nuance entre usage, abus et dépendance est aussi fondamentale, comme essaient de le rappeler de nombreux spécialistes. En amalgamant tout sous le mot « drogue », les médias brouillent les réalités, alimentent la peur et, parfois, empêchent un débat public éclairé. Pourtant, la peur n’a jamais été bonne conseillère…

L’analyse menée sur le traitement médiatique grâce à un logiciel a permis de mettre en évidence les termes les plus fréquemment utilisés par la presse française sur la question des drogues3. On y observe la forte présence d’un univers de référence masculin, la centralité du cannabis parmi les substances évoquées ainsi qu’un traitement largement dominé par l’angle judiciaire. Cette focalisation sur le registre pénal s’explique en partie par le cadre politique francophone, marqué par une logique prohibitionniste qui criminalise la production, la détention, l’usage et la vente des substances classées comme stupéfiants, faisant de la consommation elle-même un délit. Elle reflète également une certaine tendance médiatique à privilégier un ton sensationnaliste, auquel le traitement judiciaire se prête particulièrement bien.

 

LES IMAGES QUI FRAPPENT (ET QUI FIGENT)

L’impact visuel est tout aussi (voir plus) déterminant. Dans le paysage médiatique et donc dans notre imaginaire collectif, la consommation de psychotropes reste habituellement associée au personnage du junky, du délinquant, du marginal ou encore du malade. Elle est souvent jointe à des clichés visuels, une certaine mise en scène théâtrale

et dramatique : scènes de rue, seringues usagées au sol, regards perdus, visages dans les mains. Or, ces représentations ne reflètent qu’une minorité des usages, seulement associée à la précarité et aux produits psychotropes illégaux, en excluant toute autre consommation.

Ce sont également les produits qui subissent une classification radicale. C’est ce que le rapport TREND montre : quand il s’agit d’alcool ou de tabac, les images sont douces, festives, banalisées. Quand il s’agit de crack ou d’héroïne, on bascule dans le sordide. Certaines substances sont valorisées (alcool, cocaïne, MDMA), associées à la fête et à la performance, d’autres sont diabolisées, voire même que l’on ose évoquer. Le mode de consommation n’échappe pas non plus à cette hiérarchie : l’injection fait peur, le sniff amuse.6

 

PISTES POUR UNE REPRÉSENTATION RESPONSABLE ET UN CHANGEMENT D’ÉTAT D’ESPRIT

Changer ce regard, ce n’est pas seulement une question de morale journalistique. C’est aussi une responsabilité sociale. Les médias contribuent à façonner les représentations collectives et à influencer les décisions publiques. Alors, pourquoi ne pas laisser une place aux spécialistes des assuétudes dans le secteur de la communication de masse ? Pourquoi pas même une spécialisation journalistique en addictologie ? Comme il existe des correspondants santé, économie ou climat, des journalistes formés spécifiquement pourraient couvrir les assuétudes et les consommations avec nuance et pédagogie.

Dans cette lignée, il est intéressant de proposer des médias plus didactiques destinés aux parents, aux éducateurs ou aux professionnels, pour remplacer la logique du « choc » et du « buzz ». Et, plus largement, une approche non-prohibitionniste pour sortir du carcan moral et judiciaire pour enfin parler d’assuétudes comme d’un enjeu structurel de santé publique — et non d’un problème individuel ou d’un échec moral.

Imaginez des contenus qui expliquent les mécanismes de dépendance, proposent des stratégies de réduction des risques et valorisent les politiques publiques efficaces. Une telle couverture médiatique pourrait déstigmatiser les personnes concernées, nourrir le débat collectif et créer une société où l’assuétude est comprise, discutée et prise en charge plutôt que jugée.

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  1. Room Robin. Stigma, social inequality and alcohol and drug use. Drug and Alcohol Review, 2005[↑]
  2. Masoni Céline. Politique des récits médiatiques et esthétique de l’émancipation. Cahiers de Narratologie, 2024.[↑]
  3. Comelli Cécilia, Le Campion Grégoire et Jauffret-Roustide Marie. Le traitement médiatique des drogues dans la presse quotidienne française (2013-2018). EchoGéo, 2021[↑][↑]
  4. Fontaine Astrid et Gandilhon Michel. Tendances récentes et nouvelles drogues : traitement médiatique de l’usage de drogues à travers sept magazines (décembre 2000 – septembre 2003). Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), 2004.[↑]
  5. GREA. Couverture médiatique des personnes avec des problématiques d’addictions : recommandations pour les journalistes ainsi que les rédactrices et rédacteurs. GREA, 2024.[↑]
  6. Ibid.[↑]

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