Dans une opinion publiée dans Le Temps, quatre spécialistes — dont Barbara Broers et Carole-Anne Baud, membres du comité du GREA — interrogent le cadre légal suisse face à la crise du crack. Alors que Genève et Lausanne peinent à répondre à la hausse marquée de l’usage de cette substance, le marché illégal continue d’alimenter le crime organisé et constitue un obstacle majeur à l’accès aux soins pour les personnes concernées. Les autrices et auteur identifient les blocages juridiques qui freinent les projets innovants et formulent trois recommandations concrètes pour en sortir.
Depuis quelques années, Genève et Lausanne font face à une recrudescence marquée de l’usage du crack. Les personnes consommatrices souffrent sur les plans physique, psychologique et social, et peu bénéficient d’un suivi régulier. Contrairement aux opioïdes, pour lesquels la prescription médicalement encadrée a démontré son efficacité depuis des décennies, les stimulants présentent des risques cardiovasculaires spécifiques qui compliquent le développement d’approches similaires.
Le droit suisse offre théoriquement plusieurs voies, mais chacune se heurte à des obstacles : la loi fédérale sur les stupéfiants (LStup) conditionne toute prescription de cocaïne à des preuves scientifiques encore insuffisantes, les autorisations exceptionnelles de l’OFSP ne s’appliquent pas à cette substance, et la recherche sans visée thérapeutique reste interdite pour toutes les substances sous contrôle, à l’exception du cannabis. Face à ces impasses, les autrices et auteur recommandent de soutenir la recherche clinique, d’autoriser la prescription cantonale de stimulants dans des services spécialisés avec évaluation systématique, et d’ouvrir la recherche sans visée thérapeutique à d’autres substances. Les prochains débats parlementaires sur la loi sur les produits cannabiques pourraient offrir une fenêtre d’opportunité pour faire avancer ces questions.
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