Réduction des risques en prison : de fortes lacunes en Europe

Un rapport du réseau européen C-EHRN documente l’accès très limité à la réduction des risques en détention, alors que les risques sanitaires y sont concentrés.

Publié en 2026 par le réseau Correlation – European Harm Reduction Network (C-EHRN), le rapport Harm Reduction in European Prisons s’appuie sur des données de 38 villes européennes, dont Berne et Zurich pour la Suisse. Son constat : l’accès à la réduction des risques en milieu carcéral reste limité, inégal et nettement en deçà du milieu ouvert. La consommation ne s’arrête pourtant pas aux portes de la prison, où près d’une personne sur trois qui consomme en prison a commencé après son incarcération.

Des prestations vitales largement absentes

Le traitement par agoniste opioïde (36 villes sur 38) et le dépistage de l’hépatite C (33) sont relativement répandus. À l’inverse, deux interventions essentielles font largement défaut : la distribution de naloxone (6 villes) et la remise de matériel d’injection stérile (5). Une seule ville sur 38 dispose des quatre prestations clés. La naloxone à la sortie de détention — un moment à haut risque de surdose — n’est documentée que dans 7 villes.

Un écart avec le milieu ouvert

Le matériel stérile est environ sept fois moins disponible en prison qu’en communauté, et la naloxone quatre fois moins. Cet écart contredit le principe d’équivalence des soins (Règles Nelson Mandela) et persiste alors même que les risques y sont concentrés : hépatite C, surdoses et nouvelles substances psychoactives. Le rapport note aussi que les établissements pour femmes sont souvent davantage sous-dotés.

En Suisse : une obligation légale, une application partielle

Le constat européen vaut aussi pour la Suisse, qui compte environ 7 100 personnes détenues réparties dans 90 établissements selon l’Office fédéral de la statistique (OFS). Depuis 2016, l’Ordonnance sur les épidémies (OEp) impose pourtant aux lieux de privation de liberté de donner accès, selon les besoins, à du matériel d’injection stérile. Sur le terrain, une partie seulement des établissements proposent un programme d’échange de seringues : de 11 en 1992 à une quinzaine en 2022, auxquels s’ajoutent les établissements vaudois dans le cadre du Programme d’Échange de Matériel d’Injection Stérile (PREMIS) dans ses cinq prisons pour adultes.

Un rappel pour les professionnel·le·s romand·e·s

Les cadres existent depuis plus de quinze ans (Recommandation de Madrid, Stratégie drogues de l’UE, Conseil de l’Europe) : le rapport appelle les États à garantir un socle minimal de prestations dans tous les lieux de détention. L’exemple islandais, où la naloxone est désormais accessible dans toutes les unités carcérales, montre qu’une généralisation est possible. Avec la participation de Berne et Zurich, la Suisse figure parmi les pays documentés : pour les actrices et acteurs romands, l’équivalence des soins en milieu fermé reste un objectif à concrétiser, à la croisée de la santé publique et des droits humains.

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