Publication de The Lancet : les jeux d’argent comme menace majeure de santé publique

01.11.2024

La Lancet Public Health Commission on Gambling publie une méta-analyse sur la pratique de jeux d’argent, le trouble du jeu, ses dommages ainsi que sur les politiques mises en oeuvre dans 68 pays, dont la Suisse. Le constat est clair : avec la digitalisation des jeux d’argent, le phénomène explose et est devenu aujourd’hui une menace massive en termes de santé publique. Les gouvernements sont appelés à agir.

La Commission de santé publique de The Lancet, revue scientifique internationale, a réuni un groupe multidisciplinaire et international d’expert·e·s pour réaliser une revue systématique et une méta-analyse sur l’état de la prévalence du trouble du jeu de hasard et d’argent, des marchés et des régulations dans 68 pays (380 échantillons distincts, au total 3,5 millions de personnes interrogées). Le rapport tire la sonnette d’alarme et appelle les autorités à se saisir maintenant de cette problématique majeure de santé publique. Voici un résumé très succinct:

Prévalence des pratiques et troubles des jeux d’argent

Les expert·e·s estiment que 46.2% des adultes et 17,9% des adolescent·e·s de la population mondiale jouent à des jeux de hasard et d’argent ; 10,3% des adolescent·e·s jouent à des jeux en ligne, alors que le jeu en ligne est globalement interdit pour les mineur·e·s.

Concernant le jeu à risque et problématique, les auteur·e·s concluent que 5,5% des femmes et 11,9% des hommes ont une pratique de jeu à risque. En extrapolant ces chiffres, cela représente près de 449 millions d’adultes concernés dans le monde. Parmi eux, on estime que 80 millions de personnes souffrent d’un trouble du jeu problématique.

Le jeu à risque et problématique concerne en premier lieu les personnes qui jouent aux jeux de casinos en ligne, aux machins à sous et aux paris sportifs.

Pratiques commerciales et évolutions de l’offre

Ces jeux sont d’ailleurs sont qui ont le plus évolué ces dernières années. Les expert·e·s pointent la digitalisation de l’offre et l’hybridation croissante entre jeux d’argent et jeux vidéo comme responsables de l’explosion récente du phénomène. Les jeux sont désormais accessibles depuis n’importe où, 24h/24, avec un téléphone portable. L’apparition du live betting (paris en cours de jeu) renforce également la sensation d’immédiateté dans les paris sportifs.

De manière générale, en utilisant les données des joueuses et des joueurs, les techniques du dark nudges et d’influences, l’industrie du jeu crée des jeux toujours plus dangereux et addictifs.

Cadres législatifs et régulations

Les auteur·e·s soulignent que les autorités régulatrices et les gouvernements sont pris depuis trop longtemps dans un conflit d’intérêt entre protection de la santé de la population et bénéfices des taxes sur les jeux d’argent. Malheureusement, les aspects financiers et les revenus générés par cette industrie priment, et ces politiques sont justifiées en pointant les responsabilités individuelles des joueuses et des joueurs. En l’absence d’autorités de régulation fortes et indépendantes, l’industrie du jeu fera peser un risque toujours plus grand sur un nombre croissant de personnes. Un changement de paradigme est nécessaire, en faisant passer la santé publique avant les profits.

Recommandations

Les expert·e·s formulent un certain nombre de recommandations, dont :

  • Lors de l’élaboration des politiques, les gouvernements devraient donner la priorité à la protection de la santé publique plutôt qu’à des motivations économiques concurrentes.
  • Les juridictions qui autorisent les jeux d’argent ont besoin d’un régulateur indépendant, doté de ressources suffisantes et de pouvoirs adéquats.
  • Il est nécessaire de mettre en place une alliance internationale – comprenant la société civile, les personnes ayant vécu les préjudices liés aux jeux d’argent, les chercheurs et les organisations professionnelles – afin d’assurer un leadership en matière de réflexion et de plaidoyer pour une régulation efficace des jeux d’argent.