Le tour de table des institutions a mis en lumière un constat partagé en Suisse romande : les contraintes budgétaires pèsent lourdement sur le dispositif addictions. Plusieurs institutions rapportent des coupes de financement, des fermetures de structures ou des projets mis en suspens faute de moyens. Dans certains cantons, des plans d’action pourtant validés politiquement peinent à se concrétiser en raison du contexte d’austérité. Paradoxalement, les besoins sur le terrain ne faiblissent pas — ils augmentent.
La présentation d’Addiction Neuchâtel a permis d’ouvrir un débat nourri sur les modalités de la relation entre institutions et pouvoirs publics. Plusieurs dynamiques préoccupantes ont été identifiées. D’abord, une multiplication des exigences administratives : audits répétés, formats de reporting hétérogènes, contrôles qui se superposent sans cohérence. Ensuite, un manque de synchronisation au sein même des services de l’État, où les orientations en matière de psychiatrie, de social ou de logement peuvent se contredire sans concertation. Enfin, une tendance de certaines administrations à glisser d’un rôle de garant des prestations vers un rôle de gestionnaire se dégage. Cela prétérite les institutions dans leur capacité à réagir rapidement pour répondre aux réalités du terrain.
Le champ des addictions, par nature transversal — à la croisée de la santé, du social, de la justice, du handicap et du vieillissement — se prête mal aux logiques de pilotage simplifiées que recherchent les administrations cantonales. Ce décalage structurel alimente les tensions.
La transition du tarif médical TARMED vers le TARDOC constitue une source de préoccupation majeure pour les institutions proposant des prestations médicales, en particulier les traitements agonistes opioïdes (TAO). Le nouveau système tarifaire, davantage centré sur le temps passé en présence du thérapeute, s’adapte mal aux spécificités de l’accompagnement en addictologie : suivi au long cours, gestion des absences, travail de coordination en l’absence du patient. Pour certaines structures, cette inadéquation met en péril l’équilibre financier et, à terme, la continuité des soins. La clause du besoin en psychiatrie, qui limite le remplacement des médecins spécialistes, aggrave encore la situation dans certains cantons. Les participants ont relevé que des solutions cantonales existent — comme l’attribution du droit de facturer à l’institution plutôt qu’au praticien — et mériteraient d’être généralisées.
Face à ces constats, les membres de la plateforme ont esquissé plusieurs pistes. Certains plaident pour l’adoption de lois cantonales spécifiques aux addictions, qui permettraient de clarifier les responsabilités et de consolider les prestations. D’autres évoquent des réorganisations institutionnelles visant à réduire la dépendance aux subventions et à gagner en autonomie. Toutes et tous s’accordent sur la nécessité de renforcer le travail politique et de ne pas se limiter aux seuls interlocuteurs administratifs : il faut aussi s’adresser directement aux élu·e·s et à l’opinion publique.
La plateforme a souligné l’importance de valoriser l’efficience économique du secteur des addictions. Les institutions accompagnent des milliers de personnes et génèrent des économies considérables pour la collectivité, notamment en évitant des coûts bien supérieurs liés au non-recours aux prestations. Un travail de communication commun est envisagé, sous la forme d’un document synthétique à destination des décideurs politiques cantonaux, mettant en avant la valeur ajoutée du dispositif.
Un groupe de travail a été constitué pour poursuivre cette réflexion et formuler des orientations partagées. Ses travaux seront soumis à validation.
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