Un logement d’abord, sans condition préalable
Le Housing First inverse la logique de l’aide « en escalier », qui subordonne l’accès à un appartement à un parcours de stabilisation, voire à l’abstinence. Le logement devient le point de départ de l’accompagnement et non son aboutissement : les personnes concernées obtiennent un bail durable, et un soutien leur est proposé aussi longtemps que nécessaire, sans obligation. L’approche s’ancre dans les droits humains et la réduction des risques. Son efficacité sur la stabilité résidentielle est bien documentée : la Finlande, qui en a fait une politique nationale dès 2008, a vu le sans-abrisme de longue durée reculer de 68 %. Les évaluations rappellent aussi que le logement, s’il lève un obstacle majeur, ne remplace pas les prestations de soins, de réduction des risques et d’insertion.
Une quarantaine de logements répartis dans le quartier
En réponse au postulat déposé par la conseillère communale Nawel Khemissa, la Municipalité indique avoir noué un partenariat avec la Fondation de l’Orme et les investisseurs de la deuxième étape des Plaines-du-Loup. Environ 40 logements seront répartis dans les immeubles locatifs du secteur, à raison de deux à quatre appartements par bâtiment, avec un local garantissant la présence permanente de travailleuses et travailleurs sociaux. L’offre s’adresse à des personnes en situation de vulnérabilité psychique et/ou de précarité sociale. Cette répartition dans le tissu ordinaire du quartier évite la concentration des situations difficiles et favorise l’inclusion. Les premiers habitant·e·s sont attendus à l’horizon 2030 ; le Conseil communal doit encore se prononcer sur cette réponse.
Le point de vue du GREA
Le GREA salue cette orientation. Le logement compte parmi les facteurs de protection les plus importants pour les personnes en situation de grande précarité, et l’offre reste très insuffisante en Suisse romande. En renonçant à exiger l’abstinence comme préalable, le Housing First s’inscrit pleinement dans une approche de réduction des risques et un modèle biopsychosocial, qui considère la personne dans sa globalité et son contexte plutôt qu’à travers sa consommation. Il rappelle qu’une personne exclue est d’abord le produit d’une société excluante : lutter contre le sans-abrisme relève de choix politiques et de logement, pas seulement de dispositifs sociaux.
Deux conditions restent à réunir. D’une part, le financement pérenne de l’accompagnement, principal frein identifié par les projets suisses réunis par Infodrog. D’autre part, un ancrage cantonal : la Suisse romande dispose déjà d’expériences, comme le programme Housing First de la Fondation du Levant actif depuis 2018 dans le Grand-Lausanne, mais elles restent isolées. D’ici 2030, le dispositif devra par ailleurs s’articuler avec l’hébergement d’urgence et les prestations à bas seuil, sans s’y substituer.
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