Pendant longtemps, les professionnel·le·s ont pu s’appuyer sur des repères chiffrés pour orienter leur pratique : cinq verres standard par semaine pour les femmes, dix pour les hommes. Le rapport de la CFANT (Alcool et santé : état des connaissances, 2026) et la fiche d’information publiée simultanément actent un changement issu des dernières connaissances scientifiques : la consommation d’un seul verre standard par jour augmente déjà clairement le risque de développer certains cancers. La commission adopte désormais la formulation « moins c’est mieux » comme boussole de santé publique.
Cette évolution ne signifie pas que toute consommation doit être diabolisée. Le rapport reconnaît explicitement que l’alcool est un produit recherché et un bien culturel pour une grande partie de la population suisse. L’enjeu est celui de l’information : chaque personne doit pouvoir faire un choix éclairé sur la base de données fiables et non biaisées.
Le rapport déconstruit l’idée — longtemps répandue et régulièrement relayée par l’industrie — selon laquelle une consommation modérée d’alcool aurait des effets protecteurs sur le cœur. Cette croyance reposait sur des études présentant des problèmes méthodologiques significatifs, notamment des biais de sélection. Les méta-analyses récentes ne permettent plus de soutenir la thèse d’un bénéfice cardiovasculaire de l’alcool. Pour les professionnel·le·s en contact avec des personnes qui consomment de l’alcool, cet élément est important à intégrer dans l’information délivrée.
L’alcool est classé cancérogène avéré par le Centre international de recherche sur le cancer (groupe 1), au même titre que le tabac. Le rapport précise les mécanismes en jeu : la transformation de l’éthanol en acétaldéhyde, substance qui altère l’ADN cellulaire, est notamment impliquée dans les cancers de la bouche, du pharynx, du larynx, de l’œsophage, du sein, du foie et du côlon.
Ces données renforcent la pertinence d’une approche intégrant la consommation d’alcool dans l’évaluation globale de la santé des personnes accompagnées, sans stigmatiser ni moraliser, mais en s’assurant que l’information sur les risques soit accessible et compréhensible.
La fiche d’information complémentaire publiée par la CFANT souligne les effets positifs que décrivent les personnes qui diminuent leur consommation : amélioration du sommeil, du niveau d’énergie, de la pression artérielle et du système immunitaire. Ces éléments constituent des leviers utiles pour les accompagnant·e·s dans un travail motivationnel, en valorisant les gains concrets à court terme plutôt qu’en insistant uniquement sur les risques à long terme.
Le rapport rappelle également que certaines situations de vie impliquent une vigilance accrue : grossesse, allaitement, prise de médicaments, activités professionnelles ou sportives à risque. Le syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF), encore trop peu connu du grand public, reste l’un des handicaps congénitaux les plus fréquents, y compris pour des consommations faibles.
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