Dans cette tribune, les chercheurs proposent une analyse fondée sur des données empiriques qui permet de dépasser les idées reçues. Leur étude, portant sur quinze années de données dans 216 régions de 23 pays européens, révèle qu’il n’existe aucun lien significatif entre les niveaux d’immigration et les taux de criminalité. Pourtant, l’idée inverse reste ancrée dans de nombreux discours, illustrant le fossé qui peut exister entre la réalité statistique et les représentations collectives. Ce décalage, amplifié par des biais cognitifs et la médiatisation de faits divers, peut influencer les politiques publiques et nourrir des réponses sécuritaires dont l’efficacité mérite d’être interrogée.
Dans ce contexte, les choix en matière de sécurité sont particulièrement scrutés. En Suisse, le canton de Vaud a par exemple récemment mis en place des mesures pour limiter le deal de rue, mesures qui comprennent notamment la réservation de places en prison pour les dealers, ainsi qu’une augmentation des arrestations et des expulsions de récidivistes, comme le signale la RTS dans un article dédié.
Si ces initiatives répondent à des préoccupations légitimes, leur impact concret reste sujet à débat, d’autant plus que la main-d’œuvre du petit deal – lui-même produit de la prohibition et de l’absence de régulation du marché – est aisément remplaçable. En outre, on assiste à un cercle vicieux : plus l’horizon est bouché en termes d’opportunités d’emploi et d’intégration, plus le deal devient un moyen de subsistance. Autrement dit, il s’impose comme une solution temporaire dictée par la nécessité, comme le soulignent certains universitaires dans leurs recherches.
Ces observations rappellent que la lutte contre la criminalité ne peut se limiter à des réponses immédiates, mais doit aussi intégrer une réflexion plus large sur les facteurs structurels qui l’influencent. Parmi ces facteurs, les politiques d’intégration jouent un rôle essentiel : en facilitant l’accès à l’éducation, à l’emploi et au logement, elles contribuent à prévenir la marginalisation et à renforcer la cohésion sociale, des éléments clés dans toute approche durable de la sécurité publique.