Gouverner les drogues en Suisse : un article dans la revue Esprit

Jean Clot et Maxime Mellina analysent dans la revue Esprit les fondements et les limites du modèle suisse des quatre piliers, au-delà des oppositions habituelles entre prohibition et légalisation.

Le numéro de mars 2026 de la revue Esprit, consacré aux nouveaux territoires des drogues, se prolonge avec la publication en ligne d’un article signé Jean Clot et Maxime Mellina, intitulé « Gouverner les drogues en Suisse ».

Un modèle pragmatique, mais inégalement financé

Les auteurs retracent la genèse de la politique des quatre piliers, née de l’échec des réponses exclusivement répressives face à la crise de l’héroïne à la fin des années 1980. Ils soulignent cependant que l’équilibre affiché entre les piliers reste largement normatif : dans la pratique, la répression mobilise une part importante des ressources publiques, au détriment de la prévention et de la réduction des risques — un constat que les professionnel·le·s du domaine soulèvent depuis de nombreuses années.

Des réalités sociales en mutation

L’article met en évidence un glissement de fond : là où la crise fondatrice était avant tout sanitaire, ce sont désormais les conditions sociales — précarité, absence de logement, ruptures administratives, parcours migratoires — qui structurent les situations rencontrées sur le terrain. Dans ce contexte, les dispositifs de réduction des risques ne se limitent pas à des interventions sanitaires : ils constituent souvent un point d’entrée vers un accompagnement social plus large. C’est précisément ce que le GREA défend en plaidant pour l’introduction d’un cinquième pilier dédié au logement et au travail social.

Vers une régulation des marchés

Les auteurs consacrent également une partie de leur analyse aux projets pilotes de vente régulée de cannabis dans plusieurs villes suisses. Les premiers résultats disponibles — absence de troubles à l’ordre public, recul du marché illicite, meilleure performance des modèles non lucratifs — témoignent d’une évolution de la posture de l’État, qui ne se contente plus d’interdire ou de tolérer, mais cherche à organiser un cadre de régulation.

 

    Ne manquez rien de l'actu addictions

    Chaque vendredi, retrouvez l'actualité, les prochaines formations ou encore les publications du GREA.