Tabac et nicotine : une étude d’Unisanté met en lumière les failles de la loi suisse

Près de 10’000 produits du tabac et de la nicotine sont aujourd’hui notifiés en Suisse. Une équipe d’Unisanté a analysé pour la première fois la base officielle Tabacinfo.ch. Elle décrit un marché en pleine expansion, riche en arômes attractifs pour les jeunes, et une réglementation « comparativement faible » qui fait de la Suisse « un cas à part en Europe ».

Un marché qui s’emballe

Depuis l’entrée en vigueur de la loi fédérale sur les produits du tabac et les cigarettes électroniques (LPTab) en octobre 2024, fabricants et importateurs doivent déclarer leurs produits sur Tabacinfo.ch. En janvier 2026, 121 entreprises y avaient notifié 9’857 produits. Le rythme s’accélère : 375 nouvelles notifications en 2022, plus de 2’400 en 2025. Les cigarettes électroniques représentent à elles seules la moitié de l’offre (51 %).

L’étude rappelle « l’échec persistant de la Suisse à ratifier la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac ». Elle décrit le marché suisse comme « un contexte stratégique pour l’introduction de nouveaux produits nicotiniques ».

Cigares : un tiers des produits, deux privilèges

Les cigares représentent 31 % des produits notifiés (3’102), alors que seuls 2 % environ des 15 ans et plus en consomment. Selon l’étude, ils bénéficient de « deux exceptions réglementaires majeures » : une fiscalité plus favorable et la possibilité d’une promotion personnelle directe.

Sachets de nicotine : aucune limite légale

Les e-liquides sont plafonnés à 20 mg/mL. Pour les sachets de nicotine, en revanche, la loi « ne fixe pas de limite maximale ». Résultat : leurs teneurs vont de 1,5 à 30 mg par sachet. Or, selon les auteur·rice·s, « des doses élevées et variables peuvent favoriser une dépendance plus rapide à la nicotine », en particulier chez les jeunes exposé·e·s à des produits aromatisés.

Limonade, cola, bubble gum : des arômes qui parlent aux jeunes

Les noms des produits de vapotage, des sachets et du snus évoquent surtout la fraîcheur, la menthe et les fruits. L’étude relève aussi des descripteurs « susceptibles d’être particulièrement attractifs pour les jeunes » : limonade (102 occurrences), cola (98), bonbon (32), bubble gum (29) ou mojito (22).

Une fiscalité figée, un contrôle lacunaire

Le marché de la cigarette reste lucratif, d’autant que « la fiscalité n’a pas changé depuis 2013 ». Tabacinfo.ch constitue certes « une avancée majeure pour la surveillance du marché ». Mais son exhaustivité « dépend de la conformité de l’industrie », et des produits manquants « suggèrent des lacunes en matière de conformité et de contrôle ».

Ce que recommandent les chercheur·euse·s

  • supprimer les exemptions accordées aux cigares et cigarillos ;
  • fixer une dose maximale de nicotine pour les sachets ;
  • mieux encadrer les arômes ;
  • augmenter les taxes sur le tabac ;
  • introduire l’emballage neutre ;
  • ratifier la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac.

L’étude porte sur les produits déclarés et non sur les ventes : la cigarette reste le produit le plus consommé. L’ampleur et la diversité de l’offre plaident toutefois pour un renforcement rapide du cadre légal, en particulier pour protéger les jeunes.

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