États-Unis : retour à la guerre contre la drogue

La nouvelle stratégie nationale antidrogue de l’administration Trump efface les avancées sociosanitaires des dernières années : réduction des risques marginalisée, rhétorique militaire assumée, abstinence comme horizon.

La Maison Blanche a publié début mai sa Stratégie nationale de contrôle des drogues 2026. Le document désigne les cartels comme organisations terroristes étrangères, qualifie le fentanyl d’« arme de destruction massive » et salue les frappes militaires récentes dans les Caraïbes et le Pacifique oriental — qui ont causé la mort de plus de 190 personnes — comme un succès de la lutte antidrogue. Ces opérations extrajudiciaires ont été condamnées par le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme Volker Türk, qui a appelé à leur arrêt immédiat, et par le Rapporteur spécial sur la lutte antiterroriste Ben Saul, qui souligne que l’amalgame entre trafic et terrorisme est juridiquement problématique.

La réduction des risques, grande absente

Sur le plan sanitaire, la rupture avec l’administration Biden est nette. La réduction des risques a quasi disparu du texte. Seule subsiste la distribution de naloxone, inscrite dans un cadre dominé par la promotion de l’abstinence et « le pouvoir guérisseur de la foi ». Les traitements par agonistes opioïdes, les services à bas seuil et les approches de réduction des risques comme leviers structurels sont absents. Dans une analyse, l’IDPC (International Drug Policy Consortium) relève par ailleurs une contradiction majeure : la stratégie promet d’élargir l’accès aux soins tout en s’inscrivant dans une administration qui planifie des coupes massives dans les budgets fédéraux de la recherche, de la prévention et du traitement en matière d’addictions.

Des angles morts significatifs

La stratégie ne fait aucune mention du racisme systémique dans l’application des lois antidrogue, ni des inégalités de genre dans l’accès aux services — deux priorités explicites de l’administration précédente. Pour l’IDPC, ce document recycle la logique punitive de la guerre contre les drogues au service d’intérêts géopolitiques, avec des conséquences prévisibles sur les droits humains. La stratégie réaffirme par ailleurs l’objectif d’une « Amérique sans drogue » comme norme sociale — une vision qui avait marqué la rhétorique antidrogue de la fin du XXe siècle, et dont les limites ont depuis été largement documentées, notamment par la Commission globale de politique en matière de drogues (Beyond Punishment, 2024). Une évolution à suivre de près, alors que les positions des États-Unis continuent d’influencer les débats à la Commission des stupéfiants de l’ONU.

 

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