Espaces de consommation sécurisés : des données qui nuancent les préoccupations

Un article du réseau Correlation examine les craintes liées à la criminalité autour des espaces de consommation sécurisés (ECS). Les données confirment l’absence d’augmentation du crime et une amélioration de l’ordre public.

Le réseau européen de réduction des risques Correlation a récemment publié une analyse du principal mythe entourant les espaces de consommation sécurisés : leur impact négatif supposé sur la sécurité des quartiers. Cette publication s’inscrit dans le débat actuel sur l’accessibilité de ces structures, que le GREA a récemment documenté dans un papier de position.

L’absence d’augmentation de la criminalité

L’analyse du Correlation Network, s’appuyant sur un rapport de l’Agence de l’Union européenne pour les drogues de 2024, ne confirme pas les préoccupations concernant la sécurité. Les études menées à Sydney et Vancouver montrent qu’aucune augmentation des délits liés aux drogues (vols, agressions, cambriolages) n’a été observée après l’ouverture d’ECS. Ces structures tendent au contraire à réduire la consommation publique et à améliorer l’ordre dans le quartier.

Ces conclusions font écho à certaines observations effectuées en Suisse, comme le souligne le papier de position du GREA : l’ECS du Vallon n’a généré aucun déplacement du deal ni attroupement, tandis que le Service d’addictologie des Hôpitaux universitaires genevois (HUG) constate l’absence d’augmentation du trafic autour du Quai 9.

Collaboration structurelle avec les autorités

L’article relève que 61 % des ECS européens rapportent une participation structurelle des forces de l’ordre dans leur fonctionnement. L’exemple d’Amsterdam illustre cette évolution : confrontée à une consommation publique de drogues dans un parc, la municipalité a constaté que le renforcement de la présence policière ne faisait que disperser le problème. La solution retenue, un ECS mobile, résulte d’une collaboration entre services municipaux et organisations de réduction des risques.

Réduction des nuisances et règles strictes

Les données européennes documentent la diminution des seringues usagées dans les lieux publics et la baisse des injections à ciel ouvert. À cet égard, le GREA rappelle que ces bénéfices s’accompagnent d’économies substantielles : selon des études internationales, chaque surdose prise en charge évite 1600 dollars de frais médicaux, tandis que les arrestations pour possession diminuent de 82,7 %.

En outre, l’article de Correlation Network souligne que 86 % des ECS interdisent la violence et appliquent des sanctions en cas de non-respect. Plusieurs structures interdisent l’achat et la vente de drogues à proximité, limitant ainsi le trafic local.

Implications pour la Suisse romande

Ces constats internationaux résonnent dans le contexte suisse où Zurich a ouvert en octobre 2025 un ECS pour non-résident·e·s, reconnaissant les limites d’un accès basé sur la domiciliation. La Suisse romande, quant à elle, a développé un modèle d’accès universel qui s’inscrit dans le droit suisse : l’article 12 de la Constitution garantit l’aide en cas de détresse sans distinction de résidence, et les recommandations de la Conférence des délégués cantonaux aux problèmes des addictions (CDCA) de 2024 confirment que l’accès ne doit pas être limité en fonction de l’origine cantonale.

L’analyse du Correlation Network renforce l’argumentaire développé par le GREA : les ECS à accès universel constituent un investissement en santé publique qui bénéficie à l’ensemble de la communauté.

    Ne manquez rien de l'actu addictions

    Chaque vendredi, retrouvez l'actualité, les prochaines formations ou encore les publications du GREA.