Une étude relayée par The Guardian le 13 juin 2026 confirme l’efficacité des dispositifs de déjudiciarisation menés par la police. Ces programmes permettent d’orienter les personnes interpellées pour de petites infractions liées aux substances vers les structures de soins et l’information, plutôt que vers la poursuite pénale.
Le résultat principal est net : les personnes dont le cas a été traité par déjudiciarisation présentent un risque de récidive inférieur d’environ un tiers à celui de personnes poursuivies pour possession de drogues.
Les soins plutôt que la sanction
Le principe repose sur un changement de cadre : traiter la consommation comme un enjeu de santé publique plutôt que comme une question purement pénale. Plusieurs structures de la police anglaise — notamment celles de Durham, des West Midlands et de la Thames Valley — ont instauré des dispositifs formels, tandis que beaucoup d’autres conservent une approche répressive. L’étude, financée par un fonds gouvernemental d’évaluation, est dirigée par le professeur Alex Stevens de l’Université de Sheffield, en collaboration avec le Conseil national des chef·fe·s de police et le College of Policing pour soutenir un déploiement national.
Un outil encore largement sous-utilisé
L’un des constats marquants concerne le faible recours à la déjudiciarisation : même dans les corps de police dotés de dispositifs établis, les agent·e·s renoncent à y recourir dans la majorité des cas éligibles. Selon les chercheur·euse·s, un usage plus systématique permettrait de réduire les coûts et la pression sur les structures judiciaires, à condition d’un véritable changement culturel et d’une formation adaptée.
Des inégalités d’accès à corriger
L’étude met également en lumière une dimension structurelle essentielle : les personnes vivant dans les quartiers les plus précarisés sont les plus contrôlées. De même, à infraction comparable, les personnes issues de groupes ethniques minoritaires bénéficient moins souvent d’une déjudiciarisation que les personnes blanches. Des spécialistes plaident par ailleurs pour le développement de parcours adaptés, notamment pour les femmes, afin de réduire les placements en détention et leurs effets en cascade sur les familles.
Un écho à la politique suisse des quatre piliers
Pour les professionnel·le·s romand·e·s, ces résultats résonnent avec l’approche helvétique. La politique des quatre piliers — prévention, thérapie, réduction des risques et répression — repose précisément sur l’idée que la réponse sociosanitaire ne saurait être subordonnée à la seule logique pénale. Les données britanniques rejoignent cette logique : les approches de déjudiciarisation et l’orientation vers les soins produisent des effets mesurables sur la récidive, sur la santé publique et sur l’équité d’accès.
Sans que le modèle britannique soit directement transposable, ces expériences offrent toutefois aux acteur·trice·s du terrain comme aux décideur·euse·s romand·e·s un argument supplémentaire, fondé sur les preuves, en faveur de réponses qui ne réduisent pas les personnes consommatrices à leur consommation et qui ouvrent des portes vers l’accompagnement plutôt qu’elles n’en ferment.
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