Décriminalisation des drogues : un levier contre le VIH

Un éditorial de The Lancet HIV d’avril 2026 revient sur la note d’orientation ONUSIDA/PNUD/INPUD sur la décriminalisation des drogues, lancée lors de la 69e CND à Vienne en mars.

Un éditorial publié en avril 2026 dans The Lancet HIV revient sur la note d’orientation conjointe Decriminalization of drug use in the context of HIV, lancée le 10 mars 2026 lors de la 69e session de la Commission des stupéfiants des Nations Unies (CND) à Vienne. Produit par l’ONUSIDA, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et le Réseau International des Personnes qui Utilisent des Drogues (INPUD), ce document formule des recommandations fondées sur les données probantes pour aligner les législations nationales sur les droits humains et les objectifs de santé publique.

Un lien structurel entre criminalisation et transmission du VIH

Les personnes qui s’injectent des substances demeurent surreprésentées dans l’épidémie de VIH. Selon les données 2025 de l’ONUSIDA, elles sont 14 fois plus exposées au risque d’acquisition du VIH que la population adulte générale, et représentent 8 % des nouvelles infections mondiales. Dans certaines régions, la proportion est bien plus marquée : en 2024, un quart des nouvelles infections en Europe de l’Est et en Asie centrale concernait des personnes qui s’injectent des drogues.

Au-delà de l’injection, d’autres formes de consommation de substances illicites sont liées au VIH — non seulement par leurs effets sur les comportements à risque, mais par les processus de marginalisation qu’elles génèrent : évitement des services de santé, exposition accrue aux systèmes pénaux, discriminations multiples.

La décriminalisation, levier pour la santé publique

Le document soutient que la décriminalisation de l’usage et de la détention pour usage personnel, combinée à des services de réduction des risques accessibles, améliore l’accès au dépistage, à la prévention et au traitement du VIH. L’exemple portugais est cité : depuis la décriminalisation de 2001, les nouvelles infections au VIH liées à l’usage de drogues sont passées de 973 cas en 2004 à 24 en 2023. Le document souligne toutefois que la décriminalisation seule, sans articulation avec des services adaptés, ne suffit pas.

Le bilan mondial des dispositifs disponibles reste insuffisant : si plus de 112 pays disposent de politiques de réduction des risques, seuls 93 proposent des programmes d’échange de matériel d’injection, 95 offrent un traitement par agoniste opioïde, et 19 seulement disposent d’espaces de consommation supervisée.

La pénalisation comme facteur de vulnérabilité

La criminalisation expose par ailleurs les personnes condamnées pour usage ou détention à des systèmes pénaux marqués par des biais raciaux et de genre. L’incarcération génère à son tour des risques supplémentaires liés au VIH, dans des environnements où l’accès à la réduction des risques demeure limité. À l’échelle mondiale, 152 pays criminalisent encore l’usage de drogues.

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