Investi le 7 août 2026, le nouveau président colombien a fait de l’éradication des cultures de coca une priorité affichée. Les pulvérisations aériennes, suspendues en 2015 puis encadrées par la Cour constitutionnelle, s’apprêtent à revenir — avec une autre molécule que le glyphosate, dont la controverse avait motivé leur arrêt.
Semana a révélé le 25 août un projet pilote au glufosinate d’ammonium dans le Putumayo, destiné à démontrer que la méthode satisfait aux exigences de la Cour constitutionnelle. Dans une chronique publiée par Cambio, le journaliste Jorge Espinosa précise que l’opération épargnerait les aires protégées et les territoires des communautés autochtones et afrodescendantes, et qu’elle reste suspendue à plusieurs autorisations sanitaires et environnementales encore à obtenir.
La Cour constitutionnelle n’a jamais interdit les pulvérisations : elle a posé, en 2017, des conditions à toute reprise. C’est ce conditionnement que le projet pilote entend satisfaire.
Le président a promis des « herbicides de dernière génération » sans effet sur la santé ni sur l’environnement. Or le glufosinate d’ammonium n’est plus approuvé dans l’Union européenne : son approbation a expiré le 31 juillet 2018, la demande de renouvellement ayant été retirée avant la fin de l’évaluation. La substance est classée toxique pour la reproduction en catégorie 1B, classification qui ne satisfait pas aux critères d’approbation du règlement européen sur les produits phytopharmaceutiques. Sur l’échelle de l’OMS, qui ne porte que sur la toxicité aiguë, elle relève de la catégorie II, contre la catégorie III pour le glyphosate — dont la suspension reposait, elle, sur un soupçon de cancérogénicité. Les deux substances ne soulèvent donc pas la même question. Le gouvernement justifie d’ailleurs le projet pilote par la nécessité de réunir des preuves sur le nouvel herbicide.
Le GREA relevait il y a quelques jours que la rotation des nouvelles substances psychoactives illustre une constante : la contrainte réglementaire ne supprime pas l’offre, elle en oriente la chimie. Les molécules apparaissent précisément là où les définitions juridiques ne les atteignent pas encore.
Le projet pilote colombien procède d’une logique voisine : changer de molécule pour desserrer une contrainte attachée à une molécule nommée. La comparaison s’arrête là, mais la mécanique se ressemble.
Onze organisations colombiennes, dont le Centre d’études sur la sécurité et les drogues de l’Université des Andes (CESED), Dejusticia et la Fundación Ideas para la Paz, ont adressé au gouvernement un ensemble de recommandations fondées sur les droits humains et les données scientifiques. Le CESED rappelle par ailleurs que les stratégies de réduction de l’offre appliquées depuis des décennies n’ont pas produit les résultats attendus.
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