L’actualité des espaces de consommation sécurisés (ECS) est marquée par deux développements en Suisse alémanique : un premier bilan encourageant à Coire et une avancée législative dans le canton d’Argovie. Deux évolutions qui s’inscrivent dans quatre décennies de réduction des risques en Suisse.
Ouvert le 1er avril 2026, l’ECS de Coire a présenté son premier bilan début juillet. En moyenne, une trentaine de personnes le fréquentent chaque jour, pour environ 100 consommations quotidiennes. Plus de 90 personnes s’y sont inscrites, un chiffre supérieur aux attentes des responsables. La grande majorité des consommations concerne la cocaïne sous forme fumable (crack).
Selon la police municipale, la situation s’est améliorée aux abords de la gare et du centre-ville durant les heures d’ouverture. La scène ouverte du parc urbain, l’une des plus importantes de Suisse, n’a toutefois pas complètement disparu : les autorités rappellent qu’un changement durable prend du temps.
Le projet, mené sous forme pilote pour trois ans avec une évaluation externe, prévoit d’introduire prochainement un service d’analyse de produits (drug checking) afin de mieux informer les personnes consommatrices sur les substances en circulation et de réduire les risques.
Dans le canton d’Argovie, le Grand Conseil a accepté fin juin, en première lecture, une modification légale permettant la création d’ECS, mais aussi de structures d’accueil de rue et de lieux d’hébergement d’urgence. Le cadre légal ainsi posé dépasse donc la seule question de la consommation supervisée pour couvrir plus largement l’accompagnement des personnes en situation de grande précarité.
Cette décision facilite la concrétisation d’un projet porté de longue date par la ville d’Aarau, qui prévoit l’ouverture d’un ECS couplé à un hébergement d’urgence — une combinaison qui témoigne d’une approche intégrée des besoins des personnes concernées.
Ces deux actualités interviennent quarante ans après l’ouverture des premiers lieux de consommation supervisée en Suisse, apparus dans les années 1980 sous le nom de « Fixerstübli », alors destinés en priorité aux personnes consommant de l’héroïne. La Suisse compte aujourd’hui 16 ECS, fréquentés quotidiennement par plus de 1’200 personnes pour plus de 3’000 consommations, selon Infodrog, l’organe national de coordination en matière d’addictions. Plus de 5’400 personnes les fréquentent à l’échelle du pays.
Le paysage des substances a profondément changé : le crack, encore relativement peu visible il y a une décennie, représente aujourd’hui jusqu’à 90% des consommations dans certaines régions. Cette évolution a modifié le fonctionnement des structures, qui doivent s’adapter à l’inhalation de stimulants.
Les ECS s’inscrivent dans le pilier de la réduction des risques de la politique suisse des quatre piliers, aux côtés de la prévention, du traitement et de la répression. Pour les spécialistes des addictions, l’absence de telles structures se traduirait très probablement par des problèmes sociosanitaires importants et une péjoration de l’accompagnement des personnes concernées. En outre, ces structures améliorent sensiblement la situation sur l’espace public.
La Suisse romande dispose déjà d’un réseau d’ECS bien implanté, notamment à Genève, Lausanne et Fribourg. Ces structures font face aux mêmes mutations qu’à Coire : l’essor de la consommation de crack y pose des défis similaires en matière d’accueil, de sécurité et d’accompagnement.
L’expérience grisonne illustre l’importance d’une évaluation continue des dispositifs et d’une adaptation constante aux réalités du terrain, qu’il s’agisse des critères d’accès, du type de consommation ou du besoin d’analyse de drogues. Pour les professionnel·le·s romand·e·s, ces développements confirment que la réduction des risques reste, quarante ans après ses débuts, un pilier en évolution constante — et toujours nécessaire — de la politique suisse des addictions.
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