Clean-Up-Day : l’industrie du tabac impliquée

Partenaire du Clean-Up-Day national, un fabricant de cigarettes finance le nettoyage d’un déchet qu’il produit. OxySuisse dénonce une opération d’image sans effet structurel.

Organisé depuis 2013 par l’IGSU – Communauté d’intérêts pour un monde propre –, le Clean-Up-Day national se tient cette année les 18 et 19 septembre, sous un mode décentralisé : chaque commune, école, association ou entreprise s’inscrit et organise sa propre action de nettoyage. L’événement est soutenu par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), mais compte aussi parmi ses partenaires Japan Tobacco International (JTI), l’un des principaux fabricants mondiaux de cigarettes. 

Une contradiction pointée par OxySuisse 

C’est cette contradiction que documente OxySuisse, association de prévention du tabagisme, dans une fiche d’information publiée ce jour dans le cadre de son projet Transparency and Truth : l’industrie du tabac participe au financement du nettoyage d’un déchet qu’elle produit et commercialise elle-même, sans que son modèle économique n’en soit affecté. Les mégots de cigarette comptent en effet parmi les déchets sauvages les plus courants en Suisse, représentant jusqu’à 66 % des déchets jetés de manière inappropriée, selon les chiffres relayés par l’IGSU elle-même. 

Pour Michela Canevascini, directrice d’OxySuisse, « quelques heures de nettoyage bénévole donnent l’image d’une entreprise responsable ». Ce type de partenariat permet ainsi à l’industrie de se présenter comme faisant partie de la solution à un problème dont elle est pourtant la cause première. 

Un coût sanitaire, environnemental et social élevé 

Les filtres de cigarettes mettent jusqu’à 15 ans à se décomposer et libèrent des microplastiques susceptibles d’entrer dans la chaîne alimentaire. Leur ramassage coûte chaque année environ 52 millions de francs aux communes suisses. Selon OxySuisse, cette organisation du nettoyage déplace la responsabilité vers les consommateur·trices, les bénévoles, les communes et les institutions publiques – jusqu’aux enfants, puisque la mascotte Globi, très populaire auprès du jeune public, participe elle aussi à l’édition de cette année. 

S’attaquer à la cause plutôt qu’au symptôme 

Un nettoyage ponctuel peut rendre un lieu plus propre à court terme et sensibiliser à la question des déchets sauvages, mais il ne remplace pas des mesures structurelles. OxySuisse appelle ainsi à réduire la consommation de tabac, à instaurer une responsabilité élargie des fabricants pour les mégots de cigarette, et à étendre les zones sans tabac et sans nicotine : là où personne ne fume, aucun mégot ne peut se retrouver au sol. L’association ouvre également le débat sur une interdiction des filtres, qui ne protègent en rien la santé des personnes qui fument mais leur donnent un faux sentiment de sécurité, tout en constituant l’essentiel des mégots ramassés chaque année. 

Des alternatives indépendantes de l’industrie du tabac 

Plusieurs initiatives suisses offrent des alternatives crédibles, sans financement de l’industrie du tabac : stop2drop propose aux communes une campagne clé en main contre les mégots, alliant protection de l’environnement et promotion de la santé ; Génération Sans Tabac développe une signalétique nationale pour des espaces extérieurs et des aires de jeux sans tabac ni nicotine ; Trash Hero Suisse mène des actions de nettoyage indépendantes selon des normes éthiques élevées. Pour les professionnel·le·s de la prévention en Suisse romande, cet exemple invite à examiner l’origine des partenariats proposés aux communes, aux écoles ou aux associations, et à privilégier des partenaires indépendants de l’industrie du tabac. 

Pour aller plus loin 

Fiche d’information d’OxySuisse : « Clean-Up-Day : nettoyer les rues ou redorer l’image de l’industrie du tabac ? » (PDF) 

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