Dans un entretien accordé à la Fédération Addiction, Sandhia Vadlamudy, directrice de l’Association des intervenants en dépendance du Québec (AIDQ), revient sur le modèle québécois de régulation du cannabis et ses enseignements six ans après la légalisation canadienne.
Un monopole d’État aux objectifs socioanitaires
Lorsque le Canada a légalisé le cannabis en 2018, chaque province a défini ses propres modalités. Le Québec a choisi un modèle particulièrement encadré via la Société québécoise du cannabis (SQDC), une entreprise publique exclusive. Contrairement à d’autres provinces ayant opté pour le marché privé, le Québec a adopté une approche fondée sur la santé publique : pas de marketing, pas de produits attrayants pour les jeunes, taux de THC limité à 30 %, interdiction de culture personnelle, et âge légal fixé à 21 ans.
Une normalisation des discours de prévention
Pour l’AIDQ, ce modèle a permis une évolution majeure : la normalisation des discours de prévention. Depuis la légalisation, on constate une diminution globale de la consommation, y compris chez les jeunes. Le passage d’une substance interdite et stigmatisée à une substance dont on peut parler librement a permis aux intervenant·e·s d’adopter des approches de réduction des risques plus directes.
Des limites qui interrogent
Le modèle soulève toutefois plusieurs questions. L’interdiction de vente aux 18-21 ans prive cette tranche d’âge d’accès à une substance contrôlée, ce qui peut les orienter vers le marché illégal. La limitation du THC à 30 % maintient également certain·e·s consommateur·trice·s régulier·ère·s en lien avec le marché non régulé pour obtenir des produits plus concentrés.
Concernant les profits de la SQDC, l’AIDQ relève un manque de transparence : une part importante finance des activités sans lien direct avec le cannabis ou des programmes déjà budgétés ailleurs. L’association souhaite un processus d’allocation plus transparent avec des critères précis.
Des pistes pour l’avenir
L’AIDQ plaide pour revenir sur l’interdiction de vente aux 18-21 ans, autoriser la culture personnelle, et développer un processus transparent d’allocation des fonds de prévention. Au-delà du cannabis, l’association défend un accès réglementé à d’autres substances, notamment face à la crise des surdoses d’opioïdes qui frappe le Canada depuis plus de dix ans, avec des modèles adaptés à chaque substance et à ses usages.
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