Addictions comportementales : une prise en charge encore trop fragmentée en Suisse

Sur mandat de l’OFSP, Infodrog analyse l’accès à la consultation et à la thérapie pour les addictions comportementales et formule huit axes de recommandations.

Jeux d’argent, jeux vidéo, réseaux sociaux, achats, pornographie : les addictions comportementales prennent une place croissante. En 2022, environ 4 % de la population dès 15 ans présentait un comportement de jeu à risque ou pathologique, et un quart des 15-19 ans avait un usage problématique d’Internet. Fondé sur une enquête auprès de 143 institutions et sur l’avis d’expert·e·s, le rapport d’Infodrog dresse un constat clair : malgré une offre qui s’est étoffée, la prise en charge reste fragmentée, inégale selon les régions et souvent difficile d’accès.

Des personnes qui accèdent trop tard à l’aide

Environ 60 % des institutions interrogées proposent une offre en matière d’addictions comportementales, principalement des consultations individuelles en ambulatoire. Mais plusieurs obstacles freinent l’accès : manque de visibilité, compétences peu claires, délais d’attente, coûts, offres réservées aux habitant·e·s d’un canton. Les lacunes sont particulièrement marquées pour les enfants et les adolescent·e·s, pour l’intervention précoce et pour la réduction des risques, encore peu conceptualisée.

Pour Infodrog, le faible nombre de cas recensés ne traduit pas une faible ampleur des problèmes, mais un recours tardif à l’aide et de nombreuses situations non recensées. D’où l’importance d’associer les acteurs de première ligne, comme les services de conseil en budget et en dettes, pour repérer et orienter les personnes concernées.

Huit axes de recommandations

Le rapport s’adresse à la Confédération, aux cantons, aux communes, aux services spécialisés, aux associations faîtières, dont le GREA, ainsi qu’aux programmes intercantonaux de prévention du jeu excessif, dont le PILDJ. Il recommande notamment de :

  • renforcer les services de premier contact à bas seuil et privilégier des centres régionaux spécialisés accessibles à l’échelle intercantonale ;
  • améliorer les données et le monitorage, et clarifier les voies d’orientation ;
  • examiner l’extension de la couverture LAMal à d’autres addictions comportementales ;
  • développer la formation continue, la communication auprès des publics et l’intervention précoce, notamment à l’école ;
  • définir un cadre national pour la réduction des risques et harmoniser les pratiques en matière de levée d’exclusion de jeu.

La mise en œuvre et le financement des offres relevant pour l’essentiel des cantons, leur concrétisation dépendra des réalités locales et de la volonté politique.

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