Massachusetts : les urnes confirment la régulation du cannabis

Dix ans après la légalisation, près de 76 % des votant·e·s du Massachusetts ont refusé de démanteler le marché régulé du cannabis, un soutien en nette hausse depuis 2016.

Le 3 novembre, les électeur·trice·s du Massachusetts se prononçaient sur la Question 8, une initiative visant à supprimer le marché légal du cannabis à usage adulte. Portée et financée par l’organisation prohibitionniste Smart Approaches to Marijuana, elle a été largement rejetée.

Un soutien populaire renforcé

Selon les résultats quasi définitifs publiés par NBC Boston, 75,6 % des votant·e·s ont dit non, contre 24,4 % de oui. En 2016, la légalisation n’avait été acceptée qu’avec 53,7 % des voix. Dix ans d’expérience d’un marché régulé ont donc renforcé l’adhésion de la population plutôt que de l’affaiblir.

Commercialisation et santé publique : un débat ouvert

Le camp du oui ne ciblait pas l’usage personnel, mais la commercialisation, accusée de promouvoir des produits fortement dosés en THC. Les données de protection de la jeunesse contredisent pourtant ses craintes. L’usage récent chez les élèves du secondaire est passé de 26 % en 2019 à 12 % en 2025. La légalisation ne s’est donc pas traduite par une hausse de la consommation chez les jeunes. Chez les adultes, l’usage se fait désormais dans un cadre légal, avec des produits contrôlés et étiquetés.

Pour la Drug Policy Alliance, l’enjeu ne se limite pas au choix entre interdiction et légalisation. L’organisation critique les réformes qui profitent surtout aux grandes entreprises du secteur et plaide pour un cadre réglementaire centré sur les personnes et les communautés. L’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) du Massachusetts, organisation de défense des droits fondamentaux, a pour sa part rappelé que la répression touchait de manière disproportionnée les communautés de couleur.

Un éclairage pour le débat suisse

Ce scrutin montre qu’une population ayant fait l’expérience de la régulation ne souhaite pas revenir à l’interdiction. Il laisse toutefois ouverte la question des dérives commerciales. Le projet de loi sur les produits cannabiques (LPCan), en cours d’examen au Parlement fédéral, y répond en interdisant la vente à but lucratif ainsi que toute publicité. Il s’inspire notamment de l’essai pilote lausannois Cann-L, qui applique un modèle de vente sans but lucratif orienté vers la protection de la santé.

Pour les professionnel·le·s romand·e·s, l’exemple américain confirme l’intérêt d’une régulation fondée sur la santé publique, associée à la prévention et au suivi des indicateurs de consommation.

    Ne manquez rien de l'actu addictions

    Chaque vendredi, retrouvez l'actualité, les prochaines formations ou encore les publications du GREA.