Le 6 octobre 2026, la Plateforme Prisons du GREA s’est réunie à la prison de La Tuilière, à Lonay. Réservé aux femmes, l’établissement compte 84 places. Il accueille aussi bien des femmes en détention avant jugement (DAJ) qu’en exécution de peine ou de mesure. Pour ces dernières, il constitue le seul établissement concordataire de Suisse romande.
Selon la direction, la grande majorité des femmes détenues ont des parcours de vie marqués par des abus, des violences ou des consommations de substances. Les troubles psychiques et les addictions y sont fréquents. Leurs besoins et leurs attentes diffèrent de ceux des hommes, ce qui demande au personnel une écoute et une appréciation fine des situations individuelles.
Les séjours sont par ailleurs courts : 80 à 90 % des personnes restent moins d’un an. Les activités proposées, notamment des formations courtes, sont orientées vers la réinsertion sociale et professionnelle. Elles sont conçues en tenant compte de ces durées comme des spécificités du public.
Le Rapport mondial sur les femmes en prison de l’Association pour la prévention de la torture (APT) rappelle que les prisons, conçues pour les hommes, tiennent rarement compte des besoins des femmes. En Suisse, la Commission nationale de prévention de la torture (CNPT) relève que les besoins spécifiques des femmes détenues ne sont pris en compte que de manière limitée, et demande d’éviter qu’elles soient isolées dans les établissements mixtes. Elle recommande de les placer dans des établissements appropriés ou d’envisager des alternatives à la détention. Ces constats plaident pour des prises en charge spécialisées, un débat qui se pose aussi pour les mineur·e·s.
La centralisation a toutefois un coût. Environ un tiers des personnes détenues à La Tuilière relèvent d’autres cantons que Vaud. Cela peut compliquer le maintien des liens familiaux, sur lesquels la réinsertion doit pourtant s’appuyer en priorité. L’APT recommande d’ailleurs de privilégier les alternatives à la détention pour les femmes, y compris au stade provisoire.
À La Tuilière, un effort est fait pour proposer aux femmes en DAJ les mêmes activités qu’en exécution de peine : théâtre, chant, ateliers divers, art-thérapie. Dans les établissements pour hommes, la DAJ reste généralement bien plus restrictive. Après sa visite à la prison de la Croisée en 2023, la CNPT a jugé contraires aux droits fondamentaux les enfermements en cellule de plus de 20 heures par jour. Le canton fait valoir des contraintes de sécurité et de place. Sans être transposable tel quel, l’exemple de La Tuilière montre qu’une DAJ moins restrictive est possible au sein même du dispositif vaudois.
L’enjeu est réel : selon une interpellation au Grand Conseil, la détention provisoire dure en moyenne 98 jours dans le canton, contre 39 au niveau national.
Les échanges ont aussi pointé le cloisonnement de la chaîne pénale. Dans les cantons de plus petite taille, ses acteurs, procureur·e·s compris, semblent plus proches les uns des autres. Dans un canton plus peuplé comme Vaud, la multiplication des intervenant·e·s pousse chaque instance à reporter dossiers et décisions sur la suivante. Ce qui n’est le problème de personne finit ainsi par devenir celui de tout le monde. Or les magistrat·e·s qui requièrent ou ordonnent la détention connaissent souvent mal les établissements où elle s’exécute.
Le GREA remercie chaleureusement la prison de La Tuilière pour son accueil, et en particulier David Lembrée, son directeur et membre de la coordination de la Plateforme Prisons. Il remercie également pour leur engagement Françoise Genillod-Villard, psychologue spécialiste en psychologie légale FSP et criminologue, ainsi que Georges Gottignies, directeur de l’hébergement de la Fondation du Levant, qui quittent la coordination de la plateforme. Il souhaite enfin la bienvenue à Tristan Jobin, directeur de l’hébergement de la Fondation Les Oliviers, et à Jalel Araiedh, chef de clinique au Service de médecine des addictions du CHUV et au Service de médecine et psychiatrie pénitentiaire d’Unisanté, qui prennent le relais.
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