L’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) publie une note consacrée à l’impact environnemental des drogues de synthèse (amphétamines, méthamphétamine, MDMA, kétamine, nouveaux produits de synthèse). Elle s’appuie sur l’analyse de 113 publications scientifiques et institutionnelles parues entre 2015 et 2025, et vient compléter un champ d’analyse qui s’étoffe depuis quelques années.
La fabrication clandestine de ces substances génère cinq à trente fois leur volume en déchets chimiques. La synthèse d’un kilo d’amphétamine peut ainsi produire 20 à 30 kilos de déchets, déversés sans traitement dans les sols, les égouts ou des décharges sauvages. En Europe, cette production se concentre principalement en Belgique et aux Pays-Bas. Rien qu’aux Pays-Bas, 1’631 incidents de pollution liés à des laboratoires ont été recensés entre 2016 et 2020.
La consommation constitue une seconde voie de contamination. Les résidus rejoignent les eaux usées, que les stations d’épuration ne sont pas conçues pour traiter. Même à très faibles concentrations, ces résidus sont associés chez les poissons à des troubles de la locomotion, de la reproduction, ainsi qu’à des altérations génétiques. Les effets sur la santé humaine d’une exposition involontaire restent en revanche mal cernés.
Parce que ces substances sont interdites, leur production échappe à toute norme environnementale et de sécurité. Le principe pollueur-payeur ne peut donc pas s’appliquer, et la dépollution incombe aux communes ou aux propriétaires des terrains touchés. L’OFDT relève plus largement que l’environnement reste insuffisamment intégré aux politiques en matière de drogues. La note appelle à examiner la manière dont les régimes de prohibition et les priorités répressives façonnent la production et la gestion de ces déchets.
La note s’inscrit dans le sillage du rapport pilote de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) sur les drogues et l’environnement, publié en 2022. En mars dernier, le GREA relayait par ailleurs les travaux présentés en marge de la Commission des stupéfiants sur les marchés illégaux de drogues d’origine végétale. Ces travaux documentaient notamment la déforestation et la convergence avec d’autres économies criminelles dans le bassin amazonien.
En Suisse, plusieurs villes participent à la campagne européenne d’analyse des eaux usées coordonnée par l’Agence de l’Union européenne sur les drogues (EUDA). Cet outil pourrait servir à documenter ces enjeux, alors même que le monitorage national DroMedArio, mandaté par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), n’a pas été reconduit dans l’immédiat faute de financement assuré. Ces différents travaux convergent vers un même constat : tant que ces marchés restent hors de tout cadre de régulation, leurs conséquences environnementales échappent elles aussi à tout contrôle.
Chaque vendredi, retrouvez l'actualité, les prochaines formations ou encore les publications du GREA.