Depuis l’interdiction du pavot décrétée par les talibans en avril 2022, l’hypothèse dominante est celle d’un tarissement des opiacés naturels et de leur remplacement par des opioïdes de synthèse. Une analyse publiée fin août par le chercheur David Mansfield, avec la société d’analyse géospatiale Alcis, remet ce scénario en question.
Le Rapport mondial sur les drogues 2026 de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) estime que les stocks d’opium afghans seront épuisés d’ici fin 2026 et que la culture dans les pays voisins reste marginale. Les données présentées par David Mansfield dessinent un tableau différent : plus de 12’000 tonnes encore stockées, et une reprise des surfaces en 2026. Dans le Helmand, la culture est passée de 129’640 hectares en 2022 à 740 en 2023, puis remonte à 2’320 en 2026. En mai 2026, la direction talibane a interdit aux autorités locales de pénétrer dans les enceintes familiales sans décision judiciaire, une concession qui ouvre la voie à de nouvelles hausses.
Le mouvement le plus marquant se situe hors d’Afghanistan. Au Baloutchistan pakistanais, le Rapport européen sur les drogues 2026 de l’Agence de l’Union européenne sur les drogues fait état de 9’116 hectares identifiés en 2025, de quoi couvrir à eux seuls la demande d’héroïne du Royaume-Uni. Le même schéma s’installe en Iran. La production suit la carte de l’affaiblissement des États.
Les prix le confirment : le kilo d’opium, monté à 1’000 dollars fin 2023, est redescendu sous 400 dollars dans le sud-ouest afghan en juillet 2026. La filière s’est adaptée : les taux de conversion en héroïne se sont améliorés et les produits sont segmentés, l’opium consommé dans la région étant coupé jusqu’à 40 % tandis que les qualités les plus pures sont réservées aux marchés européens.
Le Panorama suisse des addictions 2026 relève qu’aucune pénurie d’héroïne ni diffusion d’opioïdes de synthèse n’a été observée en Suisse, tout en appelant à la vigilance. Ces données offrent une explication à cette stabilité et déplacent légèrement l’attention : le risque immédiat tient moins à une rupture d’approvisionnement qu’à la variabilité de composition des produits circulant sur le marché illégal.
Les réponses sont connues et déjà en place en Suisse romande — traitements par agonistes opioïdes, prescription de diacétylmorphine, analyse de substances, disponibilité de la naloxone — et amortissent précisément ce type d’incertitude. Quatre ans d’interdiction stricte ont par ailleurs déplacé la production plutôt que de la réduire, ce qui plaide pour investir là où l’efficacité est documentée : la santé publique et le développement alternatif.
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