Lancé le 9 septembre 2026 à Genève par la Commission mondiale sur la politique des drogues, le rapport Making Children and Young People Visible in Drug Policy s’appuie sur onze consultations menées sur cinq continents auprès de plus de 150 jeunes et expert·e·s de 47 pays. Son constat : les enfants et les jeunes sont profondément affectés par les politiques des drogues, sans pour autant être pris en compte dans leur conception.
Entre 2000 et 2026, la Commission des stupéfiants des Nations Unies a adopté environ 300 résolutions. Seules 19 portaient spécifiquement sur les enfants et les jeunes, et six seulement dépassaient la seule prévention de la consommation. La réduction des risques destinée aux jeunes n’a, elle, jamais fait l’objet d’une résolution. Le rapport souligne aussi que les trois conventions internationales de contrôle des drogues ne consacrent ni l’intérêt supérieur de l’enfant, ni l’accès aux soins ou à la réduction des risques, ni des réponses non punitives à la consommation.
Le rapport identifie quatre axes de réforme urgents. D’abord, la fin de la privation de liberté pour usage ou possession : environ 410’000 enfants sont détenus chaque année dans le monde, et près de 259’000 le sont à un instant donné. Ensuite, l’accès équitable aux médicaments essentiels sous contrôle : plus de 80% des personnes qui en ont besoin dans le monde n’y ont pas accès, alors que jusqu’à 21 millions d’enfants nécessitent chaque année des soins palliatifs. Troisième priorité, des services de réduction des risques adaptés aux jeunes, alors que la mortalité liée aux drogues culmine chez les 15-24 ans et que les jeunes qui s’injectent des substances ont un risque accru de 50% de contracter le VIH ou l’hépatite C. Enfin, la reconnaissance comme victimes, plutôt que comme délinquant·e·s, des enfants exploité·e·s dans l’économie illégale des drogues, notamment dans la culture, le transport ou la distribution.
Le rapport insiste sur un point récurrent dans les consultations : les enfants et les jeunes sont souvent invoqués dans les débats sur les drogues pour justifier des mesures répressives, mais rarement associés aux décisions qui les concernent. Le réseau Youth RISE, porté notamment par Ruby Rose Lawlor, a contribué à ces consultations et plaide pour une participation structurelle des jeunes concerné·e·s aux processus de politique des drogues dans un article de l’Irish Independent. Le rapport cite à cet égard l’exemple irlandais de la Citizens’ Assembly on Drugs Use, où une consultation structurée de jeunes a directement influencé les recommandations successives d’une assemblée citoyenne sur la question.
Si la Suisse dispose depuis longtemps d’une politique des quatre piliers incluant la réduction des risques, ce rapport rappelle que les jeunes et les mineur·e·s restent souvent les grand·e·s absent·e·s des dispositifs de réduction des risques, freinés par des limites d’âge, l’exigence d’un accord parental ou la crainte d’un signalement. Il offre aux professionnel·le·s romand·e·s des addictions une grille de lecture fondée sur la Convention relative aux droits de l’enfant pour interroger leurs propres pratiques : accès à l’information, continuité des soins à la transition vers l’âge adulte, ou encore participation des jeunes concerné·e·s à la conception des services qui leur sont destinés.
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