Surdoses : 25 ans après, la mobilisation reste nécessaire

Le 31 août marque les 25 ans de la Journée de sensibilisation aux surdoses. En Suisse, la mortalité liée aux drogues a fortement reculé, mais des décès sont toujours recensés.

La Journée internationale de sensibilisation aux surdoses fête cette année son quart de siècle, sous le thème « 25 Years On. Still Needed. ». La formule dit la tension du moment : on sait ce qui sauve des vies, et les décès se poursuivent. En Suisse, les données invitent à une lecture nuancée, ni triomphaliste ni alarmiste.

188 décès en 2024, et ce que le chiffre ne dit pas

Selon l’indicateur Décès dus à la drogue  (qui concerne les drogues illégales) du monitorage MonAM, 188 personnes ayant consommé de la drogue sont décédées en 2024 en Suisse, la consommation d’héroïne étant à l’origine de la plupart de ces décès.

Cet indicateur ne recense que les décès directement imputables à une intoxication ou une surdose, à l’exclusion de ceux liés à une détérioration progressive de l’état de santé. Il ne s’agit donc pas d’un décompte des surdoses : leur nombre réel est nécessairement supérieur. Or la Suisse ne dispose d’aucun décompte national des surdoses non mortelles, pourtant central pour ajuster les dispositifs. Addiction Suisse relève par ailleurs que les personnes décédées sont de plus en plus âgées.

Ce que la réduction des risques a changé

Entre les années 1990 et 2012, le nombre de décès directement imputables à la consommation de drogues illégales est passé de plus de 350 à 121 cas par an. Cette division par près de trois est concomitante du déploiement de la politique des quatre piliers : espaces de consommation sécurisés, échange de seringues stériles, prescription de diacétylmorphine et généralisation des traitements par agonistes opioïdes.

Des dispositifs encore inégaux

Depuis le point bas de 2012, le nombre de décès a progressivement augmenté pour atteindre 188 en 2024, tout en restant très inférieur au niveau des années 1990. L’enjeu porte surtout sur l’accès effectif aux dispositifs. Selon la statistique nationale des traitements par agonistes opioïdes, 14’995 personnes ont eu accès à un tel traitement en 2024, avec une proportion par 100’000 habitant·e·s très variable selon les cantons. Même constat pour l’antidote : depuis le 1er novembre 2025, la naloxone en spray nasal peut être délivrée en pharmacie sans ordonnance après consultation d’un·e spécialiste, sur tout le territoire, mais les mises en œuvre cantonales restent contrastées.

Infodrog rappelle en outre que la Suisse n’est pas confrontée de manière aiguë à une crise des opioïdes de synthèse très puissants, les cas documentés restant isolés, mais qu’une préparation préventive est essentielle au vu des évolutions dans les pays voisins. Le GREA a détaillé les pistes d’action dans sa fiche Fentanyl et nitazènes : sommes-nous prêts ? : renforcement de la capacité communautaire, accès à la naloxone, contrôle des substances et système d’alerte précoce.

C’est dans cette logique que le GREA développe PACTES, mené avec PROFAN, dispositif québécois de prévention par les pairs porté par l’AIDQ. Le principe : former des binômes associant une personne concernée et un·e professionnel·le, appelés à déployer ensuite des formations communautaires en Suisse romande. Reconnaître une surdose et savoir intervenir ne relève pas de la seule compétence médicale : ce sont le plus souvent les personnes présentes sur place qui font la différence.

    Ne manquez rien de l'actu addictions

    Chaque vendredi, retrouvez l'actualité, les prochaines formations ou encore les publications du GREA.