La 69ᵉ session de la Commission des stupéfiants (CND) de l’ONU s’est tenue du 9 au 13 mars 2026 à Vienne. Le Consortium international sur la politique des drogues (IDPC) en publie un compte-rendu détaillé : érosion du consensus diplomatique, avancée pour la réduction des risques, mais contexte international toujours plus fracturé.
Pour la deuxième année consécutive, toutes les résolutions ont été adoptées par un vote plutôt que par consensus : en 2026, la Chine et l’Inde ont rejoint les États-Unis dans cette pratique, reflétant cette fois de véritables désaccords de fond. Autre nouveauté : les porteurs de la résolution sur le développement alternatif ont choisi de clore les négociations et de porter le texte au vote dès le deuxième jour, malgré des paragraphes contestés — une rupture qui pourrait, si elle se généralise, redistribuer le pouvoir de négociation en faveur des pays porteurs de résolutions plutôt que de ceux qui menacent d’y opposer leur veto.
La résolution phare de la session, portée par la Finlande et la Norvège, comporte deux mentions favorables à la « réduction des risques » — seulement la deuxième fois que ce terme apparaît dans une résolution de la CND. Le texte reste toutefois très qualifié : une note précise que le concept « n’est pas universellement admis entre les États membres ». Seuls l’Argentine et les États-Unis ont voté contre, tandis que des pays historiquement opposés à ce vocabulaire, dont la Chine, l’Inde et Singapour, ont soutenu le texte.
Cette avancée résonne en Suisse : en 2024 déjà, la CND avait pour la première fois reconnu la réduction des risques dans une résolution sur la prévention des surdoses, avec le soutien actif de l’Office fédéral de la santé publique. La politique suisse des quatre piliers continue ainsi d’irriguer les débats internationaux.
Dans les mois précédant la session, les États-Unis ont enlevé le président vénézuélien Nicolás Maduro sur la base d’accusations liées aux drogues, et mené une campagne de frappes militaires — l’opération « Southern Spear » — ayant causé, selon le rapport, la mort d’au moins 200 personnes dans les Caraïbes et le Pacifique oriental. Seules la Chine et le Brésil ont condamné ces actions ; la plupart des délégations sont restées silencieuses, tandis que Washington plaidait pour une révision répressive du régime international de contrôle des drogues.
La délégation suisse s’est montrée active sur d’autres fronts : elle s’est opposée à toute manœuvre visant à affaiblir l’indépendance du nouveau panel d’expert·e·s chargé de réformer le régime mondial des drogues, et a rejoint le Brésil, la Colombie et la Tchéquie pour saluer les travaux du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, critiqués par l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime.
Pour les actrices et acteurs romand·e·s de la prévention et de l’accompagnement des addictions, cette session confirme que la réduction des risques progresse dans les instances internationales, mais que ces gains restent fragiles face à la montée des discours sécuritaires. L’engagement suisse sur la cohérence entre santé publique et droits humains fait écho aux principes qui sous-tendent la politique des quatre piliers.
Chaque vendredi, retrouvez l'actualité, les prochaines formations ou encore les publications du GREA.