Troubles concomitants : l’EUDA plaide pour des soins intégrés

L’Agence européenne sur les drogues publie un guide sur les troubles psychiques et d’usage de substances co-occurrents et appelle à décloisonner les accompagnements.

L’Agence de l’Union européenne sur les drogues (EUDA) a mis à jour en mai 2026 son guide sur les « troubles duels » (dual disorders), soit la co-occurrence d’un trouble de l’usage de substances et d’un ou plusieurs troubles psychiques chez une même personne. Le document dresse un état des lieux des réponses européennes et formule des implications pour les politiques publiques et la pratique.

Une réalité fréquente, encore mal documentée

Selon des études menées en Europe, entre 42% et 90% des personnes présentant un trouble de l’usage de substances ont ou ont eu un trouble psychique concomitant ; à l’inverse, 30% à 50% des personnes suivies pour des troubles psychiques sévères présenteraient aussi un trouble de l’usage de substances. L’EUDA appelle à interpréter ces chiffres avec prudence, faute de données récentes et comparables.

Certains groupes sont particulièrement touchés : les jeunes, les personnes sans-abri et les personnes détenues. Les femmes présentent en outre des profils spécifiques, souvent liés à des expériences traumatiques, appelant des réponses sensibles au genre.

Le cloisonnement des soins en question

Le principal obstacle identifié est structurel : la séparation entre réseaux psychiatriques et services d’addictologie. Les personnes concernées sont souvent renvoyées d’un service à l’autre dès le premier contact, ce qui retarde la prise en charge et accroît le risque de désengagement. Cette fragmentation se traduit par des trajectoires cliniques plus instables, une mortalité plus élevée et des taux supérieurs de chômage, de sans-abrisme et de contacts avec le système pénal.

Le modèle intégré comme référence

Face aux limites des modèles séquentiel et parallèle, la littérature soutient le traitement intégré : une équipe pluridisciplinaire élabore un plan de soins unique couvrant les deux dimensions, selon le principe du « no wrong door » — recevoir l’aide nécessaire quel que soit son point d’entrée dans le système. L’approche combine détection systématique, interventions psychosociales, gestion pharmacologique attentive aux interactions (notamment avec les traitements par agonistes opioïdes) et soins tenant compte des traumatismes. La formation des équipes est présentée comme un levier immédiat, qui réduit aussi les attitudes stigmatisantes.

Des enseignements pour la Suisse romande

Une cartographie de 2022 portant sur 26 pays montre une couverture limitée, surtout urbaine ; le Conseil de l’UE a adopté en 2023 douze mesures prioritaires en la matière. Bien que la Suisse ne soit pas membre de l’UE, ces constats font écho aux défis romands, où l’articulation entre psychiatrie et addictologie reste un enjeu central. Le guide offre un cadre utile pour renforcer la détection précoce, décloisonner les parcours et plaider pour un soutien à la hauteur des besoins des personnes concernées.

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