Le projet ESCAPE de l’Agence de l’Union européenne sur les drogues (EUDA) analyse chimiquement le contenu de seringues usagées collectées dans des structures de réduction des risques. En 2024, plus de 4000 seringues ont été analysées dans 23 villes de 16 pays, révélant la présence de 99 substances psychoactives différentes. Ce dispositif complète les autres outils de monitorage disponibles au niveau européen (comme le réseau SCORE pour les eaux usées) en offrant un éclairage direct sur les pratiques des personnes qui consomment des substances par injection.
Polyconsommation : une pratique répandue et à risque
La moitié des seringues analysées contenaient des résidus de deux catégories de substances ou plus, la combinaison stimulant-opioïde étant la plus fréquente. Ce constat, retrouvé dans la quasi-totalité des villes participantes, souligne que la polyconsommation — qu’elle résulte d’un usage combiné ou d’une réutilisation du matériel — reste un facteur de risque majeur de surdose et de transmission d’infections.
Dans les pays voisins: cathinones à Paris, speedball à Cologne
Deux villes « frontalières » de la Suisse offrent des repères particulièrement pertinents. À Paris, les cathinones de synthèse dominent désormais largement (71% des seringues), devançant la cocaïne (49%), la méthamphétamine (25%) et l’héroïne (22%) — un basculement notable du marché local vers ces substances émergentes. À Cologne, le schéma reste plus classique, avec une association fréquente héroïne-cocaïne (29% des seringues), mais un cannabinoïde de synthèse (ADB-4en-PINACA) y a été détecté pour la première fois — toujours associé à de l’héroïne et/ou de la cocaïne dans les seringues concernées.
Des opioïdes de synthèse en expansion, mais pas encore aux portes de la Suisse
Le rapport documente également la progression des nitazènes et de la carfentanil dans les pays baltes, ainsi que l’apparition de deux nouveaux opioïdes de synthèse (spirochlorphine, cychlorphine) en Lettonie. Ces substances restent pour l’instant absentes des villes plus proches de la Suisse, mais leur potentielle diffusion sur d’autres marchés européens invite à la vigilance.
Implications pratiques pour les dispositifs romands
La Suisse ne participe pas encore au réseau ESCAPE, ce qui limite la comparabilité directe avec les données des pays voisins. Ces résultats rappellent néanmoins l’intérêt, pour les structures romandes de réduction des risques, de maintenir une veille sur l’évolution des marchés dans les pays voisins, de renforcer l’accès au drug checking et de sensibiliser les personnes concernées aux risques spécifiques de la polyconsommation par injection.
Pour approfondir la thématique, voir également la récente news du GREA sur un rapport du GI-TOC abordant le sujet des drogues de synthèse et des réponses politiques esquissées au niveau mondial.
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