Le 24 juin 2026, le Conseil fédéral a adopté son rapport en réponse au postulat Molina 22.4047 « Drug checking en Suisse. Comment soutenir l’offre et l’améliorer ? ». Il y confirme l’utilité d’une pratique bien établie et annonce vouloir en clarifier les bases juridiques.
Un dispositif de réduction des risques bien ancré
Le drug checking permet aux personnes qui consomment des substances de faire analyser gratuitement et anonymement la composition de leurs produits, avec un entretien de conseil sur les risques. Proposé sous forme fixe, mobile (festivals, clubs) ou dans certains centres d’accueil à bas seuil, il s’inscrit dans la politique des quatre piliers et relève de la réduction des risques (art. 3g LStup).
Lancé à Berne en 1998, le dispositif s’est étendu à plusieurs villes, dont Genève, Lausanne, Bienne, Bâle, Zurich et Lucerne. Un projet pilote d’une durée de 3 ans est également mis en œuvre depuis 2025 à Neuchâtel, dans le cadre de la Stratégie neuchâteloise des addictions 2024-2034. En 2024, plus de 7000 échantillons ont été analysés dans les offres fixes et près de 1000 dans les offres mobiles. Le Conseil fédéral souligne la pertinence du dispositif face à l’arrivée de nouveaux produits sur le marché, comme les opioïdes de synthèse (fentanyl, nitazènes), les cathinones synthétiques et certaines nouvelles substances psychoactives.
Un cadre légal morcelé, source d’insécurité
Le rapport pointe une difficulté structurelle : le drug checking n’est pas explicitement réglé dans la loi sur les stupéfiants (LStup). Selon les substances analysées, les structures doivent obtenir des autorisations auprès de plusieurs autorités : l’OFSP, les cantons, Swissmedic et le Département fédéral de l’intérieur.
Cette multiplicité d’interlocuteurs engendre une charge administrative lourde et une insécurité juridique, tant pour les institutions que pour les personnes qui recourent au service.
Vers une autorisation cantonale unique
Pour y remédier, le Conseil fédéral propose, lors d’une prochaine révision de la LStup, une autorisation unique délivrée par le canton compétent et couvrant l’ensemble des activités du drug checking. La réduction des risques relevant déjà de la responsabilité cantonale, cette simplification ne devrait pas alourdir la charge administrative. Le Conseil fédéral entend par ailleurs concrétiser des exigences de qualité et de sécurité harmonisées au niveau fédéral.
Données, public mineur et qualité des offres
Le rapport plaide pour une meilleure exploitation des données issues du drug checking — près de 8000 échantillons analysés chaque année — à des fins de surveillance du marché des substances illégales. L’OFSP examinera leur intégration dans un monitorage national, dans le prolongement du projet pilote lancé en 2023 (893 alertes diffusées par Infodrog en 2025).
Le Conseil fédéral aborde aussi l’accès des personnes mineures, aujourd’hui officiellement admises uniquement à Zurich et Bâle. Sans l’encourager ni l’interdire, il recommande, là où il existe, d’adapter la prise en charge aux besoins de cette population particulièrement vulnérable et charge Infodrog d’élaborer des standards spécifiques.
Ce que cela change pour les professionnel·le·s romand·e·s
La Suisse romande dispose d’une telle qualité d’offres : « Nuit Blanche » (Première Ligne) à Genève, le programme NightLife dans le canton de Vaud et le projet pilote d’Addiction Neuchâtel. Une autorisation cantonale unique renforcerait la sécurité juridique de ces structures et clarifierait la répartition des responsabilités.
Pour les équipes de terrain, ces évolutions confirment la légitimité du drug checking comme porte d’entrée à bas seuil vers le conseil et l’accompagnement. Elles invitent aussi à anticiper les futurs standards de qualité et de prise en charge, en particulier pour les jeunes consommateur·trice·s.
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