Le rétablissement en institution : entre idéal humaniste et réalités du terrain

Jean Clot, Patrick Merighi et Thomas Robertson publient une réflexion sur les défis de l’implémentation du modèle de rétablissement dans les institutions sociosanitaires romandes. Leurs profils croisés — recherche, terrain, formation et pair-aidance — reflètent eux-mêmes l’ancrage pratique de leur démarche.

Le modèle du rétablissement s’est progressivement imposé dans le paysage des addictions en Suisse romande. Un nombre croissant d’institutions s’en réclament. Mais comment concilier ses principes humanistes — autodétermination, approche holistique, centrage sur la personne — avec les logiques managériales et les contraintes institutionnelles ? C’est la question qu’examinent Jean Clot, Patrick Merighi et Thomas Robertson dans un article publié dans l’ouvrage collectif intitulé « L’organisation de l’aide dans le domaine des addictions dans un contexte fédéral ».

Un concept en vogue, aux contours flous

Le rétablissement est une notion abondamment mobilisée aux acceptions multiples. Les auteurs rappellent qu’il s’agit avant tout d’un processus dynamique et personnel, centré sur la globalité de la personne et non restreint à l’abstinence. Ils identifient plusieurs lignes de tension : entre dynamique top-down institutionnelle et mouvement issu des personnes concernées, entre adoption conceptuelle et transformation réelle des pratiques.

La pair-aidance comme levier

Face au risque de voir le rétablissement se réduire à une coquille vide, les auteurs défendent l’intégration concrète de la pair-aidance comme trait d’union entre institutions et personnes concernées. Des projets romands — dont le projet « Collaboration directe addictions » soutenu par Promotion Santé Suisse — montrent que cette intégration est possible, y compris dans des structures verticales et hiérarchiques.

Des pistes pour les professionnel·le·s

L’article plaide pour un processus participatif ancré dans les réalités du terrain : inclusion des savoirs expérientiels dans la conception des offres, gouvernance plus horizontale, formation continue des équipes et des pair·es aidant·es. Il s’agit en définitive de passer de l’adoption conceptuelle à une transformation vivante des pratiques institutionnelles.

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