Substituts nicotiniques : arrêter de fumer coûte (trop) cher en Suisse

Les substituts nicotiniques sont reconnus comme des outils efficaces pour arrêter de fumer — mais en Suisse, leur prix est fixé librement par l’industrie et ils ne sont pas remboursés par la LAMal. Un paquet de gommes nicotiniques coûte cinq fois plus cher à Genève qu’à Annemasse. Un angle mort de la politique suisse de prévention du tabac.

Le coût des traitements, principal obstacle à l’arrêt du tabac

 

En Suisse, les substituts nicotiniques — patchs, gommes, pastilles, sprays, inhalateurs — ne sont pas remboursés par l’assurance maladie de base (LAMal), contrairement aux médicaments non nicotiniques prescrits dans le cadre du sevrage, tels que la varénicline (Champix®) et le bupropion (Zyban®). Les prix sont fixés librement par les entreprises pharmaceutiques, qui justifient ces montants par la taille réduite du marché suisse et la liberté tarifaire qui leur est accordée. Les industriels génèrent ainsi un chiffre d’affaires annuel estimé à environ 17 millions de francs sur ce segment.

La comparaison avec la France est frappante : un paquet de 210 gommes nicotiniques 2 mg coûte environ 21.60 francs à Annemasse contre 109 francs à Genève, soit un rapport de 1 à 5. En France, ces produits sont remboursés à hauteur de 65% par l’assurance maladie depuis 2019. Selon les professionnel·le·s de la santé, cette accessibilité financière joue un rôle déterminant : les incitations économiques encouragent concrètement le recours aux substituts et contribuent à réduire la consommation de tabac fumé.

L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) refuse d’intervenir sur les prix au nom de la liberté économique et de la crainte que des régulations tarifaires ne conduisent au retrait de ces produits du marché suisse. Cette posture profite de fait à l’industrie du tabac, dont les produits restent compétitifs face à des alternatives thérapeutiques coûteuses.

Des outils efficaces mais inégalement accessibles

 

Le tabagisme demeure la première cause de décès et de maladies évitables en Suisse. Selon l’Enquête suisse sur la santé de 2022, 24% des personnes de 15 ans et plus déclarent consommer du tabac, et 16% de manière quotidienne. On estime à 9’500 le nombre de décès annuels liés au tabac en Suisse, pour des coûts économiques totaux d’environ 3.9 milliards de francs par an.

Pour accompagner la réduction ou l’arrêt de la consommation, deux catégories d’instruments existent, aux logiques distinctes :

  • Les outils de réduction des risques, qui visent à substituer le tabac fumé par des formes de consommation moins nocives : les vapoteuses, reconnues comme l’alternative la moins dangereuse à la cigarette, et les substituts nicotiniques utilisés dans une perspective de réduction progressive.
  • Les outils d’aide à l’arrêt, qui visent l’abstinence tabagique : les substituts nicotiniques dans une démarche de sevrage complet, les médicaments non nicotiniques (varénicline, bupropion), et l’accompagnement spécialisé.

Ces deux approches ne sont pas mutuellement exclusives et peuvent être combinées selon les besoins de la personne. C’est précisément sur les substituts nicotiniques — présents dans les deux catégories — que le différentiel d’accessibilité financière avec la France est le plus marqué. Voir le dossier Nicotine du GREA pour plus d’informations.

Une inertie politique au service de l’industrie

 

Le lobbying de l’industrie du tabac constitue un facteur structurant de cette inertie politique. Selon le Global Tobacco Industry Interference Index 2025 , la Suisse se classe à l’avant-dernier rang des pays évalués, parmi les États où l’influence du secteur sur la politique est la plus forte au monde. Cette influence se traduit concrètement dans l’incapacité à adopter des mesures en matière de santé publique pourtant éprouvées ailleurs.

La position du GREA

 

Le GREA considère que l’absence de remboursement des substituts nicotiniques par la LAMal constitue un obstacle injustifié à l’accès aux soins. Ces traitements, dont l’efficacité est scientifiquement établie, devraient être accessibles à toutes et tous, indépendamment des moyens financiers, afin d’éviter les inégalités dans le domaine de la santé.

Le GREA demande que les substituts nicotiniques soient intégrés dans la liste des spécialités remboursées par l’assurance maladie de base, à l’instar des médicaments non nicotiniques déjà pris en charge. Une telle mesure serait cohérente avec les objectifs de la politique suisse de prévention du tabac, et constituerait un signal fort en faveur de l’équité d’accès au sevrage tabagique.

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