Fentanyl et nitazènes : quand la prévention précède la crise
La Suisse n’a pas attendu que le fentanyl s’installe sur son territoire pour réagir. Tandis que l’Europe enregistre une hausse des surdoses liées aux opioïdes de synthèse — et qu’il s’agit de la première cause de décès chez les 18-25 ans aux Etats-Unis —, les cantons de Genève et de Fribourg ont engagé des démarches d’anticipation structurées.
Des substances hors normes par leur dangerosité
Le fentanyl et les nitazènes sont des opioïdes de synthèse dont la puissance dépasse de loin celle de l’héroïne — jusqu’à 50 fois pour le fentanyl. Ils circulent le plus souvent à l’insu des personnes qui consomment, dissimulés comme produits de coupe dans des médicaments contrefaits, notamment des anxiolytiques. Une quantité infime suffit à provoquer une surdose rapide, y compris chez des personnes habituées à gérer leur consommation depuis des années. À ce jour, leur présence en Suisse reste sporadique, mais une arrivée plus conséquente de ces produits sur le marché illégal est probable et doit être anticipée.
Genève : coordination et monitoring en temps réel
Le canton de Genève a mis sur pied un plan articulé autour de trois axes : prévention et éducation, détection et veille, gestion et intervention. Une cellule de veille sanitaire et sécuritaire est d’ores et déjà opérationnelle, chargée de centraliser les informations et de garantir une réponse coordonnée entre acteurs sanitaires et sécuritaires. Le Quai 9 a été équipé de technologies de détection avancées, capables d’identifier des traces infimes d’opioïdes de synthèse dans les substances analysées. Le drug checking y est ainsi renforcé, s’inscrivant explicitement dans une logique de réduction des risques.
Fribourg : formation des professionnel·le·s et distribution de naloxone
Le canton de Fribourg a structuré sa réponse en trois volets complémentaires. Le premier consiste en une surveillance active des substances consommées à l’espace de consommation sécurisé (ECS) géré par la Fondation le Tremplin. Le deuxième volet a mobilisé le réseau de soins : une formation spécifique a été dispensée aux médecins, pharmacien·ne·s et professionnel·le·s des addictions, afin qu’ils et elles puissent adapter la prise en charge en cas de détection. Troisième pilier : la distribution de 50 sprays nasaux de naloxone au personnel du Tremplin. Cet antidote, dont l’administration est relativement simple, permet de bloquer rapidement les effets d’une surdose aux opioïdes. Une extension de cette distribution à d’autres publics est envisagée à terme.
Un signal pour l’ensemble de la Romandie
Pour les professionnel·le·s romand·e·s du domaine des addictions, ces deux exemples cantonaux constituent une référence utile. Ils montrent qu’une anticipation structurée est possible, qu’elle s’appuie sur la réduction des risques comme colonne vertébrale, et qu’elle implique nécessairement une collaboration entre acteurs sanitaires, sociaux et sécuritaires.
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