Un trouble fréquent, encore trop souvent méconnu
Le trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) touche environ 5% des enfants et adolescent·e·s et 3 % des adultes. Pourtant, ce trouble du neurodéveloppement reste insuffisamment repéré, en particulier chez les femmes et les adultes — dont les symptômes sont souvent masqués ou compensés. C’est dans ce contexte qu’un livret clinique a été publié début 2026 en France, à l’initiative de la Délégation interministérielle à la stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement, en partenariat avec la Fédération Addiction, la Fédération Française d’Addictologie-FFA, la Société française du TDAH et l’Association Addictions France.
Ce document de référence vise à renforcer les compétences des professionnel·le·s dans le repérage, l’orientation et la prise en charge du TDAH chez les patients de la filière addictologique — une population particulièrement exposée.
Des liens étroits entre TDAH et addictions
Si la prévalence du TDAH chez l’adulte atteint 3% de la population générale, elle avoisine les 25 % chez les personnes présentant des troubles liés à l’usage de substances. Pour les personnes atteintes de TDAH, il existe une vulnérabilité accrue vis-à-vis des addictions sans substances et d’autres comportements potentiellement compulsifs. Ces données illustrent une réalité clinique bien documentée : un TDAH non repéré constitue un facteur majeur de vulnérabilité aux conduites addictives.
Plusieurs mécanismes expliquent cette association :
La bonne nouvelle : les personnes avec un TDAH repéré et accompagnées de manière spécifique présentent un risque significativement réduit de développer des troubles addictifs, comparé à celles dont le diagnostic a été manqué.
Des outils de repérages validés à utiliser en combinaison
Le livret recommande l’utilisation combinée de deux outils auto-administrés pour un repérage systématique en contexte addictologique :
Ces deux instruments sont complémentaires : utilisés isolément, ils manquent jusqu’à 20 % des diagnostics de TDAH. Leur usage combiné couvre à la fois la période actuelle et l’enfance, ce qui est essentiel pour confirmer le trouble selon les critères diagnostiques. L’interprétation reste cependant du ressort de professionnel·le·s formé·e·s, qui devront confirmer ou infirmer le diagnostic par des entretiens cliniques dédiés en s’appuyant sur des outils spécifiques.
Une prise en charge multimodale et intégrée
Lorsque le diagnostic de TDAH est posé — par un·e médecin spécialisé·e — et que les symptômes altèrent de manière significative la qualité de vie, une stratégie thérapeutique peut être mise en place. Elle articule deux axes complémentaires :
Le livret souligne que l’association entre traitement médicamenteux et interventions psychothérapeutiques reste largement sous-employée, alors qu’elle est fortement recommandée.
Un enjeu pour les professionnel·le·s romand·e·s
Si ce guide a été élaboré dans le contexte français, ses enseignements sont pleinement transposables à la Suisse romande. Les structures addictologiques de nos régions — unités ambulatoires, consultations spécialisées — sont en première ligne pour repérer un TDAH que le système de soins conventionnel aura souvent manqué.
Le repérage systématique du TDAH chez les personnes suivies en addictologie constitue un levier de réduction des risques souvent négligé : traiter le TDAH, c’est également réduire les facteurs qui entretiennent les conduites addictives. Les professionnel·le·s de terrain sont encouragé·e·s à se saisir des outils validés présentés dans ce livret, à développer des collaborations avec les psychiatres et pédopsychiatres, et à intégrer la psychoéducation dans leur pratique.
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