Tabac : Présence étendue de l’industrie dans le paysage académique suisse

04.03.2026

Une enquête d’OxySuisse révèle que la moitié des hautes écoles suisses ont collaboré avec l’industrie du tabac depuis 2019, soulevant de sérieuses questions sur l’intégrité de la recherche académique.

Le projet Transparency and Truth, porté par OxySuisse sur mandat du Fonds de prévention du tabagisme, a conduit une enquête systématique auprès de l’ensemble des établissements universitaires suisses. Le constat est préoccupant : 16 des 31 institutions interrogées — dont l’EPFL et l’ETH Zurich — ont entretenu au moins une collaboration avec l’industrie du tabac depuis 2019. En tout, 29 partenariats ont été répertoriés, dont 23 impliquant Philip Morris.

Ces collaborations revêtent des formes multiples : projets de recherche communs, enseignements assurés par des employé·e·s de l’industrie, missions confiées à des chercheur·euse·s académiques, ateliers financés, co-encadrement de thèses. Les établissements du domaine des EPF concentrent le plus grand nombre de cas, devant les universités cantonales et les hautes écoles spécialisées.

Des pratiques d’influence bien rodées

L’industrie du tabac recourt depuis longtemps à la recherche académique pour asseoir sa crédibilité et orienter les débats de santé publique en sa faveur. La Suisse n’est pas épargnée : l’affaire Rylander, à l’Université de Genève, a mis au jour une collaboration secrète de plus de trente ans entre un professeur et Philip Morris visant à minimiser les effets du tabagisme passif. Plus récemment, une étude sur le paquet neutre menée à l’Université de Zurich s’est révélée financée par le même groupe.

Ces partenariats servent des objectifs précis : renforcer la légitimité publique de l’industrie, peser sur les processus décisionnels politiques, et crédibiliser la promotion de nouveaux produits — vapes et dispositifs de tabac chauffé — présentés comme des solutions de réduction des risques alors qu’ils sont promus largement.

Une opacité institutionnelle qui appelle une réponse

La Suisse offre un terrain particulièrement propice à ces stratégies : elle figure au 36e rang sur 37 dans l’échelle européenne de lutte contre le tabagisme, et au 99e rang sur 100 dans l’indice mondial d’interférence de l’industrie du tabac.

Au-delà des collaborations elles-mêmes, l’enquête met en lumière un déficit sérieux de transparence. Plusieurs établissements ont refusé de communiquer les documents sollicités, en contradiction avec les législations fédérales et cantonales applicables.

Le GREA appuie l’appel à un engagement institutionnel

Les données probantes sur lesquelles reposent les politiques de prévention des addictions et de santé publique ne valent que si elles sont produites de manière indépendante. Le GREA se joint à OxySuisse pour demander aux hautes écoles suisses de prendre des engagements concrets : publication systématique des partenariats avec l’industrie, adoption de règles claires sur les conflits d’intérêts, et arrêt de toute collaboration avec les fabricants de tabac.

Le rapport complet, le décryptage et le classement des universités suisses sont disponibles sur le site du projet Transparency and Truth : transparencyandtruth.ch.

    Ne manquez rien de l'actu addictions

    Chaque vendredi, retrouvez l'actualité, les prochaines formations ou encore les publications du GREA.