Cocaïne en France : un rapport Inserm préconise des réponses globales

L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) analyse l’augmentation de la consommation de cocaïne en France et identifie des stratégies efficaces d’accompagnement et de réduction des risques.

La consommation de cocaïne constitue désormais un enjeu majeur de santé publique en France. C’est le constat du rapport d’expertise collective ciblée publié par l’Inserm en 2026, commandé par la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) et le ministère de la Santé français. Ce document dresse un état des lieux approfondi des connaissances scientifiques et identifie les leviers d’action les plus pertinents pour la prévention, la réduction des risques et l’accompagnement des personnes consommatrices.

Une consommation en hausse chez les adultes

La cocaïne est devenue la deuxième substance psychoactive illicite la plus consommée en France après le cannabis. Si la consommation a diminué chez les adolescent·e·s, elle a fortement augmenté chez les adultes. Les usages concernent des publics très diversifiés : contextes festifs, milieux professionnels, consommations régulières ou quotidiennes, situations de grande précarité notamment pour la cocaïne basée (crack). Le rapport souligne qu’il n’existe pas de profil unique, mais une pluralité de trajectoires et de contextes d’usage.

Des dommages sanitaires et sociaux importants

Le rapport documente de nombreux dommages sanitaires liés à la cocaïne : complications cardiovasculaires, neurologiques et psychiatriques, risques accrus en cas de polyconsommation, surmortalité chez les personnes consommatrices régulières, et augmentation des hospitalisations. Les dommages psychosociaux et sociaux sont considérés comme centraux : instabilité résidentielle, ruptures familiales et professionnelles, judiciarisation, stigmatisation, exposition aux violences et exclusion sociale. Ces facteurs constituent des leviers majeurs de chronicisation des usages.

Accompagnement et réduction des risques au cœur des réponses

Contrairement aux traitements par agonistes opioïdes, il n’existe pas de traitement pharmacologique spécifique validé pour les troubles liés à l’usage de cocaïne. Les approches les plus efficaces reposent sur des accompagnements psychosociaux de long terme, la prise en compte des comorbidités psychiatriques et une articulation étroite avec le social. Le rapport note un accès tardif aux soins, souvent plus de dix ans après le début de l’usage.

La réduction des risques occupe une place centrale, distinguant les dimensions sanitaires et sociales. Les interventions jugées efficaces incluent l’aller-vers, les dispositifs mobiles, la distribution de matériel adapté aux différents modes d’usage, les actions en milieux festifs et la prévention des complications infectieuses. La dimension sociale comprend l’accès aux droits, la médiation, le soutien au logement, l’accueil à bas seuil et la lutte contre la stigmatisation.

Rôle des associations et leviers d’action

Le rapport reconnaît explicitement le rôle des associations, des dispositifs de terrain et des savoirs expérientiels. Il s’appuie sur les retours d’expérience des CAARUD (Centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques), des CSAPA (Centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie), des dispositifs d’autosupport et des espaces numériques dédiés.

Parmi les leviers d’action identifiés : développer des réponses différenciées selon les publics et contextes, renforcer l’articulation sanitaire-social-réduction des risques, soutenir les dispositifs de bas seuil et l’aller-vers, améliorer la continuité des parcours, agir précocement, réduire la stigmatisation institutionnelle et mieux intégrer les savoirs expérientiels dans les politiques publiques.

Des constats solides, des implications à approfondir

Le rapport établit de façon documentée les limites de l’approche pénale et l’efficacité des dispositifs de réduction des risques. Les constats relatifs aux effets négatifs de la pénalisation de l’usage invitent à une réflexion sur l’évolution du cadre légal et réglementaire. De même, les questions du financement pérenne des dispositifs identifiés comme efficaces, des inégalités territoriales d’accès aux soins et des modalités concrètes de participation des personnes concernées à la décision publique appellent un approfondissement. Ces espaces demeurent à investir pour traduire les constats de recherche en transformations des politiques publiques.

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