Dix ans après la session spéciale de l’Assemblée générale des Nations unies (UNGASS) de 2016 sur les drogues, qui avait suscité de grands espoirs de réforme sans parvenir à transformer structurellement le système prohibitionniste, l’IDPC publie un rapport accablant sur le système international de contrôle des drogues. Publié à la fin janvier 2026, ce bilan documente une décennie d’échecs des politiques répressives.
Un système dépassé par les réalités
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la consommation mondiale a augmenté de 28% depuis 2016. Le marché se complexifie avec la montée des substances synthétiques et nouvelles substances psychoactives, entraînant une hausse des overdoses. Parallèlement, la pandémie, le changement climatique et les tensions géopolitiques ont fragilisé le système de contrôle international. Face à ces évolutions, les approches nationales se fragmentent. Certains États maintiennent des politiques ultra-répressives tandis que d’autres pivotent vers la santé et les droits humains. Cette fragmentation illustre la crise de légitimité du système prohibitionniste.
Des violations massives documentées
Le rapport documente les conséquences dramatiques des politiques répressives, des milliers de morts extrajudiciaires aux Philippines aux violations systématiques des droits humains dans plusieurs régions, particulièrement aggravées depuis 2016. Paradoxalement, les organisations de la société civile, qui dénoncent ces dérives et jouent un rôle critique dans le plaidoyer, restent marginalisées, sous-financées et de plus en plus exposées à des menaces.
Des avancées timides
Le bilan n’est pas entièrement négatif. La Commission des droits de l’homme de l’ONU s’est mobilisée, produisant rapports et résolutions sur l’impact négatif des politiques répressives. Des lignes directrices sur les droits humains et la politique des drogues ont été élaborées. Les appels se multiplient pour une régulation responsable des substances, garantissant l’accès aux médicaments et le développement de la réduction des risques. Cette intégration progressive des droits humains reste néanmoins lente et se heurte à des obstacles majeurs dans sa mise en œuvre.
Transformer le système
L’IDPC conclut sur la nécessité d’une transformation radicale du système : moderniser les conventions internationales pour y intégrer pleinement les droits humains et la santé publique, abandonner les politiques répressives au profit de la décriminalisation et de la réduction des risques, amplifier la participation des personnes consommatrices et de la société civile dans la formulation des politiques, et stabiliser les financements dédiés à ces approches. Le rapport souligne également l’urgence de réformer les méthodes de travail de la Commission des stupéfiants pour permettre des progrès concrets.
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