Protoxyde d’azote : l’OFDT fait le point sur les usages

L’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) publie une synthèse complète sur le protoxyde d’azote. Le document documente les risques sanitaires alors qu’une recrudescence des usages est observée.

L’OFDT met à disposition sur son site internet une synthèse actualisée des connaissances sur le protoxyde d’azote, également appelé « gaz hilarant » ou « proto ». Ce document consolide les données issues de plusieurs dispositifs d’enquête et d’observation menés en France métropolitaine.

Des usages répandus chez les jeunes

Les données épidémiologiques révèlent une diffusion importante du protoxyde d’azote parmi les adolescent·e·s et jeunes adultes français·es. Selon différentes enquêtes nationales menées entre 2021 et 2023, environ 5,5 % des élèves en fin de scolarité obligatoire déclarent avoir déjà expérimenté le produit, 2,3 % des jeunes de 17 ans l’ont essayé, et 6,7 % des adultes de 18 à 64 ans en ont consommé au cours de leur vie.

Ces chiffres s’inscrivent dans une tendance observée depuis les années 2000, qui a documenté l’émergence puis l’expansion des usages récréatifs de ce gaz, initialement cantonnés aux milieux festifs alternatifs avant de s’étendre à des contextes plus diversifiés.

Une professionnalisation du marché

La synthèse retrace les transformations du marché depuis 2017. À cette période, les petites capsules traditionnellement utilisées pour la fabrication de crème fouettée se vendent dans un nombre croissant de commerces de proximité. À partir de 2019, l’offre évolue avec l’apparition de contenants de plus grande capacité commercialisés via internet : bonbonnes et bouteilles pouvant contenir l’équivalent de plusieurs centaines de ballons.

Depuis 2020, des réseaux de distribution structurés importent d’importantes quantités de protoxyde d’azote sur le territoire français, parfois en lien avec des circuits de trafic de stupéfiants préexistants. Cette professionnalisation s’accompagne de stratégies de promotion et de livraison similaires à celles observées pour d’autres substances psychoactives.

Des conséquences sanitaires préoccupantes

L’OFDT documente une augmentation préoccupante des cas graves répertoriés par les structures de santé. Les complications aiguës incluent des pertes de connaissance, des brûlures par le froid, des troubles de l’équilibre et des céphalées. En cas d’usage chronique, la synthèse alerte sur des séquelles potentiellement irréversibles : atteintes de la moelle épinière, carences en vitamine B12, troubles neurologiques et dégradation des fonctions cognitives.

Une perception des risques sous-estimée

Les recherches qualitatives menées par l’OFDT révèlent un décalage entre la perception des risques par les personnes consommatrices et la réalité sanitaire. Le produit bénéficie d’une image relativement positive, notamment en raison de sa facilité d’accès et de ses effets fugaces. Les personnes interrogées connaissent généralement les dangers immédiats et appliquent des pratiques de réduction des risques pour s’en prémunir. En revanche, les conséquences d’un usage fréquent sont beaucoup moins connues et peu associées aux pratiques personnelles, perçues comme modérées et contrôlées.

Un cadre légal récent

La loi du 1er juin 2021 visant à prévenir les usages dangereux du protoxyde d’azote interdit désormais la vente aux mineur·e·s ainsi que la vente dans les bars, discothèques et débits de tabac. Elle prévoit également des sanctions pour la provocation de mineur·e·s à un usage détourné du produit et interdit la vente d’accessoires facilitant la consommation.

Cette synthèse consolide les données les plus récentes sur un produit dont l’usage s’est largement diffusé en quelques années.

 

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