Pair-aidance : un dossier français éclaire les débats

La Fédération Addiction documente l’histoire et les enjeux actuels des savoirs expérientiels. Une ressource pour nourrir la réflexion romande.

En janvier 2026, la Fédération Addiction a publié un dossier approfondi sur les savoirs expérientiels et la pair-aidance. Composé de trois articles complémentaires, il retrace l’évolution de ces pratiques, analyse leurs enjeux de professionnalisation et donne la parole aux personnes concernées.

Des racines historiques aux pratiques contemporaines

L’histoire des savoirs expérientiels en addictologie débute avec les mouvements de tempérance au XIXᵉ siècle, puis se structure au XXᵉ siècle avec les Alcooliques Anonymes et les Narcotiques Anonymes. L’épidémie de VIH/sida marque un tournant décisif : les personnes concernées s’organisent, produisent des savoirs et imposent le principe « Nothing about us without us ». La notion de savoirs expérientiels, formalisée dans les années 1970, structure aujourd’hui la pair-aidance comme un cadre où des personnes en rétablissement mobilisent leur expérience pour accompagner leurs pairs.

Les enjeux de définition et de professionnalisation

Lilian Babé, directeur de structure et praticien-chercheur, souligne que les savoirs expérientiels en addictologie incluent des connaissances sur les substances, mais aussi sur les stratégies développées pour composer avec le pouvoir des institutions. Il relève un risque majeur : l’institutionnalisation croissante pourrait normaliser ces savoirs en masquant leur diversité. Trois défis émergent : former les équipes professionnelles, définir le métier de pair·e-aidant·e sans reproduire les logiques académiques classiques, et maintenir l’attention aux discriminations dans un contexte politique sécuritaire.

L’expérience vécue au cœur de l’accompagnement

Christine, pair-aidante, témoigne des apports concrets : humanisation des relations, réduction de la honte, possibilité de dire la vérité sans crainte du jugement. Elle insiste sur l’importance des collectifs de pair·e·s-aidant·e·s pour éviter l’isolement et construire une pratique commune. Son parcours de formation CO’OPPAIR lui a permis de valoriser son expérience et de rencontrer d’autres pair·e·s-aidant·e·s aux parcours diversifiés.

Des pistes pour la Suisse romande

En Suisse, la reconnaissance des savoirs expérientiels progresse également, que ce soit en milieu hospitalier (projet pilote du CHUV mené dans le cadre du projet « Hôpital et Addictions »), dans le domaine des formations (Recovery College Addictions) ou encore dans le travail social de rue (programme RUE des HUG à Genève, association SYSTMD à Lausanne), entre autres initiatives romandes.

Le dossier français offre des perspectives précieuses : il rappelle que la pair-aidance englobe une diversité de pratiques formelles et informelles, met en garde contre une institutionnalisation excessive, et souligne la nécessité de créer des conditions d’exercice dignes. Pour les professionnel·le·s romand·e·s, plusieurs pistes émergent : comment former les équipes à l’intégration des savoirs expérientiels ? Comment définir des cadres qui préservent la diversité des parcours ? Comment construire des collectifs pour éviter l’isolement ?

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